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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 09:23

Hoehenprofil-Ultratrail-Runde-copie-1.jpg logo-copie-1.jpg

 

 Me revoilà donc en plein dans le vif du sujet ! C’est semble-t-il reparti pour une année de folies en matière de course à pied et surtout de courses dites « Ultra Trail », mot en vogue chez nos amis gaulois et qui se propage à la vitesse grand V dans nos nobles contrées alpestres.

Peu de temps après avoir mis la main à la pâte pour les reconnaissances du Trail Verbier St.Bernard et avec une parenthèse dédiée à la Juracime 2011, j’ai donc opté pour la nouveauté en allant promener mes gambettes sur le très prometteur Zugspitz Ultra Trail du côté de la Bavière et du Tyrol. Etant donné que l’organisation serait assurée par la très dynamique et expérimentée équipe de PLAN B avec laquelle j’avais déjà pris part à la Gore Tex Transalpine Run 2006, je me suis dit que cette aventure serait à coup sûr organisée de main de maître et que le seul souci serait de… bien courir et terminer !

Je me mets donc en chemin au départ de Lausanne pour 8h de trajet en train à travers notre belle Helvétie et l’Autriche via Innsbruck, pour enfin arriver à Grainau, charmante petite bourgade située non loin de Garmisch Partenkirchen, célèbre station bavaroise sise au pied du massif de la Zugspitze, la bien nommée qui sera le théâtre de mes péripéties montagnardes.

Un bref coup d’œil sur les prévisions météo et avant tout sur le ciel menaçant laisse augurer d’un weekend frisquet alors que la canicule est annoncée sur Lausanne pour dimanche. Bref, passons. On fera avec et sans „niaucher“ svp! Si il est cependant certain que courir un marathon sous la pluie n’est pas une catastrophe en soi, même en montagne comme ce fut le cas à Zermatt ou à la Jungfrau mais un ultra trail de cet acabit et en terrain alpin peut s’avérer une toute autre affaire avec effets indésirables garantis.

Cette 1ère édition ne se gagnera pas avec un seul claqué de doigts et le calibre sera tout autre qu’une simple randonnée usuelle du weekend.

J’arrive enfin au village de Grainau et me rend immédiatement au stand de retrait des dossards. De charmantes hôtesses m’accueillent et comme prévu, tout est organisé de manière minutieuse. Je verse un dépôt de 50 Euros pour la restitution de la puce et touche mon paquetage sous la forme d’un splendide Camelback généreusement offert par le sponsor principal, Salomon, et rempli de babioles en tous genres et autres prospectus pour des manifestations aussi folles les unes que les autres. Je renonce à la Pasta party car j’ai réservé un charmant hôtel à quelques 5 km du lieu de départ. Mon seul souci étant d’y parvenir car il n’y a ici que très peu de transports publics. Un taxi m’y emmènera en quelques minutes. L’emplacement de mon hôtel est idyllique et serait à coup sûr idéal pour un weekend romantique. Niché au bord du lac Eibsee et au pied du Zugspitze et dans un décor de rêve, qui plus est, silencieux et reposant. Tout est donc réuni pour bien faire. Je prends donc mes quartiers et curieux tel un enfant piaffant d’impatience avant de pouvoir ouvrir ses cadeaux à Noël, j’entreprends l’exploration de mon Camelback et la découverte des surprises m’y attendant. Ce Camelback, généreusement offert par le sponsor principal est dûment rempli de matériel publicitaire en tous genres et quelques accessoires forts utiles dont un bâtonnet qui peut se briser en 2 parties et émettre ainsi un faisceau lumineux et fluorescent utile en cas d’accident ou pour signaler un éventuel obstacle sur le parcours. Particularité, l’effet fluo a une durée de 12 heures. Il peut être fixé aisément au sac à dos. Fort utile aussi pour celles et ceux qui devraient éventuellement passer la nuit dehors. Personnes dont je ferai assurément partie.

Le Musikpavillon est copieusement garni et chacun écoute à présent assidûment les précieux conseils d’avant course et les consignes de sécurité prodiguées un peu « à l’américaine » à mon goût. On est jamais trop prudent car même sur ce type de compétition tout le monde n’a pas forcément toujours le pied alpin comme le soussigné. Un certain respect s’impose devant la montagne même si on est équipé de pied en cape. Rien de plus logique, non ?

Une fois le briefing ingurgité, les rangs s’éclaircissent à la vitesse de l’éclair car l’heure avance et je dois encore regagner mes pénates, me rassasier comme il se doit et préparer mon paquetage pour demain en y ajoutant des vêtements de rechange qui seront déposés par l’organisation à mi-parcours (km 56). La traditionnelle pasta party se fera donc sans moi cette fois-ci.

Pour cette 1ère édition, les organisateurs ont aussi prévu toutes sortes d’animations dont un sprint nocturne sur le coup des 22h00, sponsorisé par une grande marque de lampadaires frontaux, pour celles et ceux qui auraient déjà des fourmis dans les jambes à la veille de notre grande virée alpestre. Il est vrai que ce n’est jamais qu’un sprint et je pense que les participants au parcours « réduit » de 63km peuvent aisément s’offrir un petit peu de grimpette en mode détente. Cela ne devrait pas trop leur nuire. Je fais bien sûr l’impasse et décline poliment l’invitation, histoire de ne pas me griller inutilement. Ah comme l’on devient un brin plus raisonnable avec l’âge! De plus, mon expérience me rappelle que la dernière nuit avant la compétition n’est pas toujours celle de tout repos bien que je peux me targuer d’une assez longue expérience et que je ne suis pas du type nerveux inutile. Toujours est-il que je suis quand même excité comme un chien devant sa gamelle et la promesse d’un splendide gueuleton. Le sommeil finira quand même par me rattraper.

Le réveil est toujours aussi ponctuel et c’est donc dès « potron minet » que je m’extirpe de mes draps si accueillants et doux pour mon toilettage matinal. Eloge de la lenteur et motivation pas évidente entre deux bâillements. Il s’agit à présent de faire bon usage du temps qui m’est imparti pour les ultimes réglages, le choix idéal de la tenue du jour au vu des conditions de relative fraîcheur qui règnent dans ce milieu alpin de Bavière. Le sac est prêt, la tenue aussi mais l’homme l’est-il?

Un bon café, un jus de fruits, un pain au chocolat, un yaourt, un croissant et un peu de confiture aux abricots, de l’eau et me voilà plein comme une outre à un peu plus de 90‘ du départ. Ça devrait le faire me dis-je. Reste plus qu’à éveiller le corps et l’esprit encore dans les limbes mais je suis assez confiant. Rien ne grince du côté des articulations, le moral est de plus en plus au beau fixe au fil des minutes qui s’écoulent. Mon taxi commandé la veille est pile à l’heure et je me dirige à présent en direction du village de Grainau pour le départ et le contrôle du matériel obligatoire.

Comme indiqué précédemment, pour atteindre le sas de départ, il faut d’abord montrer patte blanche lors du strict contrôle du matériel obligatoire et là, pas question de passer entre les gouttes. De charmantes hôtesses me prient poliment de bien vouloir faire l’étalage de mes ustensiles afin de valider définitivement mon droit à la souffrance souhaitée. Je m’exécute avec plaisir au vu du sourire presque ravageur et charmeur de ladite cousine germaine. Je réponds, sans surprise, aux critères et peux donc rejoindre mes petits compagnons d’infortune, muni du précieux sésame attestant de mon aptitude à aller gambader sur la frontière austro-germanique. Je croise ici et là quelques visages familiers et nous échangeons quelques brèves bafouilles d’avant course. Comme à l’accoutumée, chacun y va de son couplet hypocondriaque afin de se donner une bonne excuse en cas de résultat ne répondant pas aux attentes personnelles. Et tiens que la météo n’est pas idéale, que la digestion fut laborieuse et agrémentée d’une gastro-quelque chose, que la fièvre a atteint un pic anormal au cours de la nuit etc. etc. et j’en passe et des meilleures. Je souhaite tout de même une bonne course à ces courageux lascars qui osent prendre le départ malgré tous ces tracas psychiques, non sans rire sous cape car je ne les reverrai pas, tant ils tinrent ensuite la forme. Toujours est-il que la tension monte d’un cran dans les rangs, tout comme certaines effluves matinales provenant d’endroits que seule la morale m’empêche de nommer par leurs appellations savantes et latines et ayant trait à certaines parties anatomiques du corps. Bref, à croire que certains n’attendent que le jour de la course pour enfin procéder aux usuelles ablutions quotidiennes. Vous le savez tout comme moi, un sas de départ est une sorte de salon « lounge platinum » pour nous autres concurrents de trail et les boissons énergisantes sont notre champagne, l’odeur en sus.

C’est au son du cantique „Highway to Hell“, que le décompte précédant le départ est donné.. Titre éponyme et très justement choisi puisque le parcours nous emmène d’abord à travers Grainau avec un départ neutralisé sur environ 1 km en direction du village de Hammersbach.

Nous empruntons ensuite un sentier qui nous mènera droit dans le bien nommé Höllentalklamm (Gouffre de l’enfer). La partie initiale en forêt va s’avérer un semi enfer, surtout pour les pauvres vaches qui étaient jusqu’alors paisibles et que nous allons effrayer lors de notre passage. Les pauvres, elles ont dû s’enfuir dans toutes les directions et donner du fil à retordre au paysan local qui a sans doute du marmonner quelques noms d’oiseaux à notre encontre.

Les 10 premiers kilomètres menant au Eibsee s’effectuent sur des sentiers agréables, en forêt et sans trop de difficultés, le peloton s’étant rapidement étiré. Je perçois au loin des sons synonymes d’animation et comme j’ai bien étudié mon parcours, je sais que nous atteignons à présent le 1er poste de ravitaillement. En fait le groupe qui met pareille ambiance va nous suivre quasiment tout au long du parcours et nous nous recroiserons à plusieurs reprises jusqu’à l’arrivée. Très sympas les supporters. Je me ravitaille rapidement avec une barre énergétique et une grande rasade de coca-cola avant d’entamer une montée assez sévère et surtout boueuse à souhait. Vu que j’ai opté pour une course sans l’aide de bâtons, mes cuisseaux sont mis à contribution et je m’efforce de bien doser l’effort pour ne pas vilipender mon énergie trop rapidement. Il reste encore un tour….

Avant de pouvoir contempler comme il se doit le bucolique décor du lac Eibsee et en passant, ma chambre d’hôtel que je ne reverrai que dans une bonne poignée d’heures, il faut donc penser à gravir cette pente boueuse et déjà bien inclinée par moments. La vue offerte est belle mais elle doit l’être encore plus au lever du jour et avec le soleil levant. Pour aujourd’hui, le plafond est assez bas et les sombres nuages qui s’amoncèlent à l’ouest n’augurent pas franchement de prévisions idylliques. Enfin, il s’agit de faire avec et je savoure tout de même les effluves des sous-bois, la senteur typique du cèpe bien caché, de l’humus et de la rosée matinale. Je distingue aussi cette couleur émeraude envoûtante et les nombreux îlets qui peuplent le lac. Enchanteur !

Comme prévu, le temps est sensé se gâter en cours de journée mais je dois reconnaître que les conditions actuelles sont quasi idéales pour la pratique de notre sport de bipèdes. Sec et avec une température parfaite. Ce qui ne m’empêche pas de suer à grosses gouttes. Il est vrai que l’effort est tout de même certain et soutenu, faudrait pas trop vite l’oublier M. Jean-Pierre.

Nous remontons à présent une piste de ski assez verticale et pénétrons dans une charmante forêt qui va nous mener par de là la frontière chez les voisins autrichiens en 2 coups de cuillère à pot pour ainsi dire. Il s’ensuit une bonne descente sur sentiers forestiers assez scabreux. Déjà un cinquième du dénivelé est derrière moi. Ça c’est fait me dis-je comme d’habitude, ça rassure en quelque sorte, non ? Pour célébrer ceci, rien de tel qu’un bon ravitaillement solide et liquide au pied des remontées de la Zugspitze, côté tyrolien, ont dû se dire les organisateurs et bien leur en a pris. A moi banane, noix, barre énergétique, quartier d’orange, pain, fromage et salami. Une gorgée de coca-cola, le temps de refaire le plein de mon Camelback et me voilà reparti tout en douceur car la montée suivante pointe déjà son talus moqueur et vu que l’arrêt aux stands fut copieux, je n’ai nullement l’intention de restituer ces précieux apports énergétiques sans les apprécier à leur juste valeur. Je souligne au passage (furtif mais concentré) que ce stand de ravitaillement était plus que copieusement garni. Il y en avait pour tous les goûts.

Encore des pistes de skis, facilement détectables vu leur inclinaison et les installations au repos. On imagine aisément les touristes skiant et surfant jusqu’à plus soif dans ce joli décor. Mais pour l’heure il n’est pas trop question de rêvasser car je dois gravir ces longues sentes herbeuses à la force de mes jarrets et non les dévaler sur 2 minuscules bouts de bois. Du coup, ça va nettement moins vite même si je croise à l’instant un panneau invitant les fous sur lattes à ralentir leur tempo. Vu ma vitesse actuelle de déplacement, je ne prête pas une trop grande importance à cette signalisation. La descente qui suit me semble assez longue et pour cause, elle mesure tout de même 5 bons kilomètres svp.

Je pénètre dans une belle forêt et le tracé se fait agréable et varié, entrecoupé de petites montées et descentes sur terrain très agréable avant d’en ressortir et traverser à présent un splendide champs de fleurs en direction d’un bref tronçon asphalté. Il s’agit de rester concentré et sur les côtés car le trafic automobile est intense. Ce sont des accompagnateurs suivant leurs protégés et cherchant désespérément une place de parc aux alentours de la station de départ de l’Ehrwalderalm-Bahn, petit téléphérique qui rejoint la pointe du Zugspitze, mais côté tyrolien.

Le groupe de supporters déjà croisé au 10ème km est à nouveau présent avec forces cris d’encouragement et nous enjoignant à faire la ola. Je suis encore en mesure de m’agenouiller et de me relever en agitant les bras comme demandé. Cela nous fait tous rire et je dois avouer que ça fait du bien avant d’entamer la montée suivante menant au prochain point de ravitaillement. Cela va à nouveau être Byzance selon les dires de quelques randonneurs que je croise en sens inverse. Ils me prédisent d’excellents gâteaux et j’en salive rien qu’à l’idée car les forces commencent tout de même à diminuer passagèrement et il est grand temps de me sustenter. Arrivé au stand richement fourni, je me rue sur un grand bol de bouillon bien salé et de mignonnes tomates cerises que je trempe généreusement dans un petit monticule de sel marin très intelligemment disposé à côté. Un petit groupe de vaches semble s’intéresser de près à notre stand et surtout par chance aux fûts d’eau et boissons isotoniques entreposés vis-à-vis. Les charmantes bêtes à corne ne se laissent pas facilement intimider et elles narguent le préposé au stand d’un oeil malicieux lorsqu’il essaie de les dissuader et de leur faire comprendre que ces boissons ne leur sont pas destinées.

L’arrêt est salutaire et j’en profite pour enfiler un coupe-vent, un bonnet et des gants car la température a brusquement chuté. De plus, la déclivité va s’accentuer drastiquement en vue d’atteindre le Feldernjöchl via le Hochfeldernalm. Fini les jolis champs et autres prés fleuris, on va se retrouver rapidement en terrain franchement alpin. La transition est rude mais je suis fin prêt.

Alors que j’évolue dans la pente, les nuages se regroupent dans l’intention de nous rincer généreusement. Même Eole y met du sein. Je lève la tête en direction des sommets alentours et parviens à distinguer un coin de ciel bleu, synonyme d’espoir de franchir cet obstacle au sec. Ce n’est plus « Highway to hell » qui résonne dans ma tête mais „Stairway to Heaven“. Je parviens encore sur un bon rythme au sommet du Feldernjöchl et un panneau signale que le tronçon suivant est engagé et que la prudence est de mise, sans oublier de mentionner qu’il me reste encore 70 bons kilomètres à avaler. Merci ! Je m’arrête quelques instants pour apprécier le paysage avant d’entreprendre la suite de mon périple.

La courte descente n’est finalement pas si technique que ça et je me laisse aller à quelques sauts de cabris sur les rochers, tout en restant prudent bien sûr. Quelques minutes plus tard, me voilà déjà dans l’ascension sur une fine arête en direction du point culminant de la course. Courte montée mais pente sévère balayée par de fortes bourrasques de vent, lesquelles me font vaciller de temps en temps. Drôle de sensation que d’avoir l’impression qu’une de ces rafales pourrait aisément me projeter dans le vide tel un fétu de paille. Il est vrai que je ne concours pas dans la catégorie poids lourds avec mes 60 kg mouillés (sac à dos compris) ! Les falaises alentour offrent un paysage à la fois hostile et fascinant de par leurs teintes allant en alternance du gris clair au rouge et noir franchement angoissant. Mes connaissances en géologie sont bien trop minces pour deviner si il s’agit de calcaire, de schiste, ou de je ne sais quoi encore qui s’apparente à de la roche. C’est un des avantages avec la pratique de ce sport, ça permet à l’esprit de vagabonder librement et je m’étonne toujours de cette capacité à penser à des milliers de choses aussi variées même en plein effort. Ce doit être une façon de faire abstraction de l’effort car cette montée demande de la force et un engagement particulier. Je dois reconnaître que la pratique intense du ski alpinisme et les dizaines de milliers de mètre de dénivellation avalés cet hiver s’avèrent ici d’excellents alliés. La préparation fut optimale et je ne débarque pas sur ces pentes comme un bleu.

Enfin parvenu à ce point culminant, je bascule sur la crête opposée, à l’abri du vent certes mais déjà dans une descente qui sollicite à nouveau les cuisses. Pouvoir descendre en courant relève du désir car le sentier est rocailleux et mouillé et simplement marcher se transforme rapidement en art tant la pente est brutale.

J’arrive en vue de la Steinernen Hüttl, un des innombrables points de contrôle répartis sur le parcours afin d’assurer également la sécurité des coureurs. A peine le temps d’échanger quelques mots avec les bénévoles qu’il faut déjà songer à  changer de braquet au niveau de la musculature et se mettre à nouveau en mode ascension. Avant de pouvoir me réjouir de la très longue descente prévue au programme, je vais devoir d’abord avaler quelques hectomètres verticaux sur une courte distance. J’aperçois du reste quelques coureurs justes au-dessus de moi et je devine aisément les serpentins dessinés dans la pente. L’optique est trompeuse car autant j’ai l’impression de pouvoir rattraper ces coureurs et en même temps j’ai la désagréable sensation de ne pas vraiment progresser. Dans ces moments, j’en arrive à penser que la différence entre une course de montagne dite « normale », c.à.d. courue sur une distance raisonnable et sans équipement obligatoire ni sac à dos, se fait méchamment ressentir.

Ayant atteint cette nouvelle montée, la bascule prévoit 700 bons mètres de dénivelée négative que je vais à présent franchement pouvoir dévaler mais toujours avec une certaine retenue et prudence. La végétation devient plus agréable en quelque sorte et elle est surtout annonciatrice d’une sorte de retour vers la civilisation. Je retrouve les champs, prairies et sentiers en forêt. Seul la chaleur du soleil fait cruellement défaut, non que j’aie froid mais pour intensifier les douces et agréables senteurs des bois. J’apprécie de tous mes sens ces moments magiques que la montagne peut offrir.

Je cours seul depuis un sacré moment mais cela ne me dérange pas plus. J’en profite pour me parler et m’encourager dans les moments un peu plus difficiles, lorsque l’euphorie fait place à une petite dépression passagère et inversement. J’ai néanmoins toujours quelques coureurs en point de vue, la distance restant à parcourir me permet de croire que j’en rattraperai certains et qu’il en ira de même avec certains qui me rattraperont à leur tour. Ainsi va le trail longue distance. Nouveau point de ravitaillement à Hämmermoosalm, où je profite de bien me nourrir et hydrater avant la prochaine grosse échéance. Rapide check-up, tout va bien et j’effectue quelques étirements légers avant de repartir tranquillement vers le prochain sommet au doux nom de Scharnitzjoch, visible au loin dès la limite des arbres franchie. Une paroi imposante dans laquelle on devine les lacets menant au sommet. Ma motivation est intacte et j’avale littéralement les derniers mètres de pente comme si la course venait de débuter. Quand je parlais de cette euphorie, ce sont ces sensations même qui la caractérisent. Le vent est à nouveau en travers de mon chemin jusque sur l’arête sommitale que je franchis rapidement pour me mettre à l’abri. Un bon troupeau de moutons paît tranquillement sur les contreforts de la montagne. Je m‘offre quelques accélérations lorsque la pente le permet et freine brusquement dès que toute mon attention est requise. Rien de plus idiot que de prendre des risques inconsidérés et trébucher sur une racine ou un caillou car le terrain est bien gras et particulièrement glissant à souhait en certains endroits.

J’atteins à présent le kilomètre 56 et le ravitaillement de Hubertushof à Reindlau après 10 heures de course. Il me reste encore 45km et quelques 2000m de dénivelée positive et autant en négatif à avaler. Un bon gros marathon, donc rien de terrible me dis-je avec cette confiance inébranlable vu que plus de la moitié a déjà été effectuée. Je peux donc prendre le temps nécessaire pour me ravitailler comme il se doit. Nul besoin d’assistance médicale, pas de bobos à l’horizon. C’est tout bon pour la suite. Je m’allonge sur un des transats disponible, ce qui fait mon bonheur alors que j’ingurgite 2 bonnes tasses de soupe aux pâtes et de grandes rasades de coca. Un sac avec des vêtements de rechange m’attend mais je n’en ferai aucun usage. Je me contente juste de prendre ma lampe frontale pour la nuit à venir et mon i-Pod prévu pour me motiver au cours des 5 dernières heures. Le ravitaillement est peu garni et ceci semble irriter certains coureurs, qui le font visiblement savoir aux pauvres gars présents. Il est vrai que davantage de produits salés seraient les bienvenus mais heureusement que le coca est présent en abondance pour compenser.

J’ai rejoins depuis peu mon ami Daniel Steiner, grand et infatigable marathonien qui rédige depuis quelques années d’excellents articles, toujours richement documentés, sur l’ensemble des marathons sur route mais aussi en terrain alpin et ce aux 4 coins d’Europe pour le compte du magazine spécialisé « marathon4you.de ». Nous nous sommes croisés au départ puis en cours de route à plusieurs reprises, nos rythmes de course n’étant pas toujours identiques. A chaque fois, nous avons pris le temps d’échanger nos impressions du moment mais aussi bavarder de nos expériences vécues en cours de saison et les prochaines courses à venir. Ainsi non seulement le temps passe un peu plus agréablement mais cela permet de se changer les idées lorsqu’une légère lassitude nous gagne. Il est maintenant grand temps de me remettre en route même si la tentation est grande de faire un petit arrêt à l’hôtel qui borde le tracé. En effet, un simple coup d’œil à la façade de ce dernier me fait pâlir d’envie de profiter des infrastructures proposées; piscine, sauna, jacuzzi, hammam, whirlpool…etc. Moment cruel qu’il va rapidement falloir effacer de mon disque dur. Mes pensées doivent à présent à nouveau se concentrer sur le prochain tronçon à avaler, car ce ne sont ni plus ni moins que cinq bons kilomètres absolument plats, quelque peu monotones pour un ultra trail, en bordure de forêt et de la rivière Leutascher Ache qui vont me mener au Geisterklamm. J’effectue cette portion plate en compagnie d’un coureur allemand d’une soixantaine d’années avec lequel je sympathise rapidement. Ce dernier, qui porte par hasard ( ?) le dossard 101 correspondant à la distance du jour, me conte ses déboires de santé, lesquels l’ont forcé à abandonner la pratique du sport car une tumeur maligne décelée l’an dernier ne lui laissait augurer une suite à son existence. Le corps médical l’ayant condamné à une mort sûre. C’est donc avec un profond respect que je l’écoute et que nous échangeons nos points de vues en ce qui concerne les diagnostics de la faculté de médecine en question. Véritable électrochoc, cette rencontre me bouleverse. Je suis en admiration devant cet homme et son combat contre la maladie. Cela me touche et je suis heureux d’apprendre que sa lutte n’aura pas été vaine en apprenant que cette vilaine tumeur a pu être éradiquée définitivement grâce à une force et une volonté inébranlables et de chaque instant. Nous nous motivons mutuellement et le parcours s’étire gentiment mais sûrement sous nos pas cadencés. Mon camarade de course profite de notre passage auprès d’une boutique pour aller s’acheter une bouteille de coca cola. Celle-ci s’avérera une alliée précieuse car il va littéralement me déposer sur place après avoir ingurgité le précieux breuvage. Comme je lui avais signifié que je ne suivrai pas son rythme et que nous finirions bien par nous retrouver, je le regarde filer gaiement et encore sous le charme de son récit. Ce genre de rencontre, qui plus est lors d’une épreuve d’un tel acabit, éveille forcément en chacun de nous des pensées envers des êtres chers, présents ou disparus et nous rappelle combien cette vie qui nous est donnée peut rapidement être reprise. Surtout, la chance que nous avons de pouvoir pratiquer nos loisirs préférés en bonne santé, jouir de ces moments privilégiés alors que d’autres doivent souffrir au quotidien ou disparaître prématurément. Une certaine émotion m’envahit à la pensée d’amis perdus accidentellement dans la fleur de l’âge ou suite à une cruelle maladie. Passé ce moment de tristesse, je me ressaisis et repars comme animé d’une nouvelle force et d’une joie intérieure indescriptible et motivante.

J’attaque à présent les 35 derniers kilomètres en traversant le pittoresque village de Mittenwald et entame une nouvelle petite montée sur un agréable sentier en forêt. Je me sens bien mais la soif me tenaille. Bien que trimballe suffisamment de liquide, j’ai de plus en plus envie d’une boisson autre que mon sirop de citron ou de mon coca cola. La course en nature offre bien des avantages mais s’il est un désavantage qui reste indéniable, c’est bien celui de ne pouvoir rencontrer davantage de cafés ou restaurants dans lesquels déguster une bonne bière. Car c’est bien à une bière que mon esprit pense avec insistance. Je dois vite me résoudre à l’idée qu’aucun estaminet digne de ce nom ne me proposerait cette pinte tant rêvée avant de longues heures. Les dieux du houblon ont dû entendre ma complainte car je croise une patrouille de gardes forestiers au détour d’un sentier. Nous échangeons quelques palabres lorsque mon regard est instinctivement attiré par une caisse de bière au pied d’un arbre. Sur le ton de la plaisanterie mais tout en espérant secrètement un geste charitable de leur part, je leur fais comprendre qu’une gorgée de mousse me ferait assurément le plus grand bien. Mes mots ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd car je me vois immédiatement proposé une de ces bouteilles tant espérées. Quelques coureurs s’arrêtent également à la vue de ce spectacle et je leur propose volontiers de m’aider dans cette entreprise. Nous faisons tourner le précieux liquide, savourant à sa juste valeur son goût divin. Je remercie chaleureusement ces sympathiques gardes forestiers et reprends à présent ma marche en avant, requinqué et encore hilare de cet arrêt improvisé en forêt. C’est dans ce genre de moment et sur une course aussi exigeante qu’une bonne bière peut faire des miracles. Opération à ne pas répéter trop souvent tout de même.

„Mais qu’ai-je fait de l‘horloge et où sont passées toutes ces heures?“, c’est la question qui me trottine dans la tête alors que je chemine le long d’un charmant petit lac répondant au doux nom de Ferchensee. C’est typiquement le genre de sentiments qui surviennent en général lors de voyages longues distances en avion. Il y a ici aussi une sorte de décalage horaire. On en viendrait à oublier que la course a débuté à 7h15 du matin. La nuit tombante me rappelle qu’une journée s’est déjà écoulée et que ma foi, la planète aura elle aussi effectué une rotation complète ou presque sans que je ne le remarque plus que ça. Seule la perspective de la nuit à venir sur les sentiers me préoccupe pour le moment.

Je me réjouis tout de même du prochain poste de ravitaillement. La nourriture solide proposée réjouit mes babines, seul le ravitaillement en liquide me laisse un peu sur ma soif car je dois cette fois me contenter de rations homéopathiques en matière de coca cola. La déception est palpable à en juger par les mines déconfites des coureurs présents.

Je fais avec (ou plutôt sans) et sans trop maugréer, je me remets rapidement en selle. Exemple de perte de lucidité, une mauvaise lecture du parcours m‘a persuadé qu’il ne restait plus que 25 km à parcourir, ce qui a décuplé mes forces. Je suis donc reparti de plus belle mais quelle ne fut pas ma déception et colère contre moi-même, lorsque, je suis passé devant un panneau indiquant encore 30 km avant l’arrivée. Passé cet instant de stupeur, je relativise en m’apercevant que ce ne sont fort heureusement jamais que 5 km de différence par rapport aux divers calculs déjà échafaudés dans les méandres de mon cerveau. Simple déconcentration passagère qui sera vite oubliée.

Le tracé initialement prévu n’ayant pas obtenu toutes les permissions requises, le parcours s’enfonce à présent sur une route forestière assez large et peu pentue. La nuit approche lentement et je me retrouve à nouveau seul, juste accompagné par mes pensées vagabondes et aussi diverses que farfelues. Je rattrape rapidement quelques coureurs dont les forces commencent à manquer et je me présente avec le sourire aux divers points de contrôle obligatoires. La descente suivante est assez technique et la nuit tombe franchement cette fois-ci. Bref arrêt pour extirper ma lampe frontale surpuissante et c’est reparti à travers racines et pierres bien cachées sous une boue tenace et glissante à souhaits.

Cette descente est raide et demande de gros efforts à la musculature déjà bien sollicitée. Le ravitaillement suivant semble ne jamais vouloir pointer le bout de sa lueur mais je finis par l’atteindre dans la bonne humeur. Quelques coureurs sont déjà en plein ravitaillement, d’autres semblent avoir abdiqué pour de bon malgré la proximité de l’arrivée. La seule pensée de la prochaine difficulté à affronter aura dû en décourager plus d’un. Aléas de la course nature sur longue distance.

Ce point d’eau est copieusement garni et je ne prive pas d’avaler force fromage, saucisson, soupe de tomates, pain et coca cola. Le plein est fait au niveau de l’esprit et de l’estomac. Reste encore à compléter mon camelback et les 2 petites bouteilles qui m’accompagnent avant de repartir, non sans avoir chaleureusement remercié, une fois encore, les bénévoles pour leur disponibilité et accueil chaleureux à cette heure déjà avancée de la nuit. Je peux aborder le bouquet final en toute sérénité. Celui-ci consiste en un dénivelé de 1'400 m en montée et autant en descente. La seule inconnue consistant à savoir laquelle des 2 sera plus facile resp. difficile à négocier ? le début de cette montée se révèle assez ardu mais je parviens rapidement sur un replat de courte durée avant de plonger dans une gorge d’où provient un grondement assez terrifiant. Ma lampe frontale me permet un coup d’œil dans les entrailles de cette faille vertigineuse. Il ne ferait assurément pas bon se jeter dans ce gouffre bouillonnant de tourbillons et cascades en furie. Le sentier devient plus accentué mais sa configuration en lacets permets de progresser régulièrement. Mon attention est soudainement attirée par 2 petites lueurs qui se reflètent dans la lumière de ma lampe. Un renardeau semble comme hypnotisé par ma présence et reste immobile sur le bas côté du chemin. Je stoppe ma marche et éteins ma lampe pour ne pas l’effrayer encore davantage. Quelle belle rencontre. J’en suis tout chose et je reste surtout émerveillé par cette belle démonstration de Dame nature !  

Le Partnachklamm ne se laisse pas aisément deviner dans la pénombre. La seule ombre percevable ne laisse pas augurer d’une jolie fin de balade et je préfère me concentrer à présent sur mes pas, ce qui me semble bien plus simple que de commencer à réfléchir sur les difficultés à venir. Chaque chose en son temps me répété-je inlassablement.

La fatigue s’installant depuis peu me permet quelques hallucinations. Certes le fils de goupil que j’ai croisé était bien réel, mais voilà à présent que des formes brillantes et bizarres tournoient devant mes yeux ébahis. Seraient-ce des envahisseurs, des êtres magiques, des elfes ou gnomes? Le ciel s’est dégagé et le firmament y va aussi de son couplet en inventant des figures astrales inconnues pour le profane que je suis en matière d’astrologie et d’astronomie. Si les étoiles peuvent facilement me fournir une explication plausible à mes visions nocturnes, je me rends compte après un instant de sérieux doute, que les formes scintillantes qui se reflètent devant moi ne sont en fait que des vêtements de coureurs me précédant. Bien qu’habitué aux courses se terminant de nuit, je dois avouer que j’ai manqué de lucidité pendant un court laps de temps, bien que je me sentis tout à fait bien et sain de corps si ce n’est d’esprit.

La forêt et sa beauté resteront un mystère en cette nuit, même si je m’amuse à épier cette dernière régulièrement en dirigeant mon faisceau de lumière tantôt à droite, tantôt à gauche, afin d’en détecter les abords immédiats. Seul le grondement du torrent ainsi que l’odeur typique de l’humus et des cèpes sont perceptibles. L’odorat est donc aussi mis à contribution.

Je progresse très rapidement et avale les interminables et nombreux lacets menant au prochain point d’eau en doublant même quelques coureurs, étonnés par ma fraîcheur à cette heure avancée de la nuit, qui plus est en évoluant sans l’aide précieuse des bâtons de randonnée.  Soudain, je sors enfin de cette montée et j’aperçois un panneau indiquant le prochain poste de ravitaillement et de contrôle à 500m. le moral est toujours au beau fixe et je m’arrête brièvement pour me refaire une petite santé avant la dernière difficulté du jour (si j’ose dire).

Je croise des concurrents qui abordent à présent l’ultime descente et leur demande quelques précieux renseignements sur le tracé que je vais devoir effectuer avant de rejoindre à nouveau le présent poste et entamer cette dernière descente. Ils me recommandent d’enfiler un coupe-vent et même des gants car il fait un froid de canard là-haut me disent-ils. Cette ultime boucle autour du sommet du Partnachklamm n’est de loin pas une sinécure et elle est bien plus longue qu’on veut bien le penser à cet instant de la course. En plus du vent, une pluie fine s’apparentant par moments à du grésil vient ajouter à la difficulté. Je rassemble donc mes forces et repars hardi petit pour ce dernier défi. La perspective géographique qui consiste selon mes calculs en une boucle de 5km et quelques 40m de montée va rapidement déchanter. Certes, la piste empruntée est large, peu pentue et ne présente aucune difficulté car elle se trouve même à l’abri du vent par moments.

Le coup de massue survient dès l’entame de la vertigineuse descente à travers un sentier rocailleux et boueux, doté de marches assez élevées et glissantes: certains passages sont carrément aériens et exposés, nécessitant l’aide d’un câble en acier et donc, une progression de gastéropode. Je ne suis pas sujet au vertige et ne crains pas de jeter un œil dans le vide, même de nuit. Il n’en va pas de même pour certains coureurs et il faut ici garder son calme et se montrer très patient. Rien ne sert en effet de provoquer un stupide accident qui pourrait avoir de très fâcheuses conséquences. Je retrouve ainsi mon ami au dossard 101 qui progresse avec difficulté mais non sans humour dans cet enfer glissant et boueux. Je profite que le sentier se veut plus large pour dépasser, avec leur consentement, certains coureurs qui évoluent franchement lentement. La perspective d’en avoir terminé avec ce tronçon très exigeant et de pouvoir enfin retrouver une foulée plus roulante me donne des ailes et un élan nouveau. Certes, ce n’est pas encore un sprint et certains pas se transforment vite en une sorte de danse traditionnelle bavaroise d’un nouveau genre, surtout après 90 km sur terrain varié et gras pour la plupart du trajet. Cet exercice va se répéter à plusieurs reprises, heureusement sans mal. Tout juste avec quelques montées d’adrénaline et sueur…

Je parviens enfin à nouveau au point de contrôle qui fait aussi office de ravitaillement. L’arrête durera quelques secondes, le temps de valider mon passage et me voilà déjà dans cette ultime descente. Le rythme est dicté par un choix musical pensé pour ce type de compétition. Les jambes se veulent légères et le moral en acier. Le marquage du parcours est toujours aussi bon et j’aborde cette pente l’esprit libéré. Tout a été pensé afin que nous n’oublions à aucun moment qu’il s’agit d’un trail et cette descente semble interminable. Elle devient également technique car si les sentiers du haut étaient boueux et glissants, l’eau ne s’est évidemment pas arrêtée en si bon chemin, poursuivant son travail de sape également en forêt. J’effectue à nouveau quelques figures libres, parfois imposées (par le terrain) et qui m’auraient assurément valu de très bonne note de la part d’un jury en compétition de patinage artistique. Je les ai aussi ponctuées de quelques envolées lyriques dont la décence m’interdit ici de divulguer les divers noms d’oiseaux cités tout en évitant d’aller embrasser un arbre.

Une dernière verticale et me voilà enfin dans la vallée et plus précisément dans le village de Hammerbach que nous avions traversé au départ. Il est un peu plus de 3h du matin et j’éteins enfin ma lampe frontale pour les 2 kilomètres restant à parcourir. J’en profite aussi pour alléger ma tenue, ayant bien sué lors de la vertigineuse descente et la température étant assez clémente à présent.

Un dernier point de contrôle et j’entame le dernier mile avec la satisfaction du « boulot » bien accompli et surtout sans blessure. Je me réjouis d’en terminer et je ne peux empêcher cette désormais traditionnelle émotion de m’envahir. Il va ainsi à chaque course lorsque je me rends compte de la chance qui m’est donnée de pouvoir effectuer et mener à bien ce type d’expérience, lorsque je pense à celles et ceux que j’aime, aux amis trop tôt disparus et à qui je dédie mes courses. Cela peut paraître incroyable de s’infliger pareil effort, pareille souffrance et même de payer pour, mais il en ressort une sorte d’extase, de bonheur indescriptible. Ce voyage intérieur me permet d’aborder les vicissitudes de la vie sous un angle différent et avec une force et conviction inébranlables. Curieusement, cette libération une fois la ligne d’arrivée franchie, se transforme en bonheur intense indescriptible. Plus rien ne fait mal, les jambes et l’esprit ne font plus qu’un et sont légers comme le vent après cette communion avec la nature et les éléments.

Il est 3h33, je franchis à présent la ligne d’arrivée après 20h17‘ d’efforts. Un maigre public, composé de supporters attendant le retour au bercail de leurs protégés respectifs, applaudit mon entrée sous le chapiteau au son très rock du Dj local qui énonce le prénom et nom ainsi que la provenance de chaque arrivant.  Je suis très heureux, très fier bien sûr et quelque peu fatigué quand même. Mon seul souci est à présent de pouvoir boire une bonne bière ou deux avant de regagner ma chambre d’hôtel sur le coup des 4h30 du matin et profiter d’une bonne nuit de sommeil réparateur.

Je regagne ma tanière et me douche rapidement. Pas de courbatures à signaler, rien de spécial. Ce 1er ultratrail de la saison s’est idéalement déroulé et j’en suis ravi. De bonne augure avant la prochaine échéance dores et déjà agendée au samedi suivant à Verbier. Autre site majestueux, autre exigence et un parcours sensiblement plus long avec 110 km au compteur et quelques 7’000m de dénivellation. Je vais à présent apprécier le réveil musculaire en douceur avec une petite ballade au bord du lac Eibsee, un excellent repas avant le voyage de retour sur Lausanne. Je contemple une dernière fois le massif de la Zugspitze qui se dévoile enfin dans toute sa grandeur, le paysage idyllique du lac Eibsee et les installations hivernales de Garmisch-Partenkirchen, dont le fameux tremplin de saut à ski avant de regagner Innsbruck l’olympique. Il en va de même pour la splendide médaille et le t-shirt de „finisher“ obtenus à la force des jarrets et non sans quelques gouttes de sueur.

Voilà, ce sera tout pour cette 1ère autour du Zugspitze. Course d’excellente facture que je ne peux que recommander à tout ultra trailer. Organisation sans failles, rapport qualité-prix qui ne souffre aucune discussion, le tout dans un cadre naturel magnifique et unique en son genre.… Cet évènement est appeler à s’inscrire dans le calendrier des manifestations incontournables.

 

 

ULTRATRAIL 101 km, 5’474 +/- Men

1. Heras Miguel, E-SALAMANCA 10:55.19,9

2. Karrera Aranburu Iker, E-Tolosa 11:09.25,9

3. Dippacher Matthias, Oy-Mittelberg 11:14.46,5

81. Jean-Pierre Lüthi, CH-Trailers Verbier St. Bernard  20:17.08

ULTRATRAIL Women

1. Böttger Julia, Rott am Inn 14:15.08,8

2. Wermescher Ildikó, H-Budapest 15:07.29,7

3. Calmbach Andrea, Donzdorf 16:00.00,6

500 partants

329 Finisher

 


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Commentaires

Vu le style, j'atteind avec impatience le resumé du dernier Tor des Géants...:-)...
Commentaire n°1 posté par Giorgio Bovet le 29/09/2011 à 15h56
mais de rien, c'est un plaisir. J'aurai du reste des infos à te demander à propos de la Juracime 2013. Des questions sur la gestion de la nourriture et des distances. Si le fait que je ne maitrise pas (encore) la distance du marathon peut me jouer des tours. Si le fait de faire par étapes peut au contraire me permettre de récupérer plus facilement, enfin ce genre de chose...
Bonne journée et à très bientôt
Salutations
Max
Commentaire n°2 posté par Max Demont le 25/08/2011 à 11h33
Salut Jea-Pierre,
je n'ai qu'un seul mot "respect". Ta course est impressionante au niveau sportif. Je sens une émotion omniprésente dans ton récit. Ton admiration pour les valeurs humaines me fscinent et je dois dire que je suis fier de faire partie de tes connaissances. Bonne continuation et au plaisir de te revoir le 2 septembre à Lausanne pour un "sprint" de 6 kilomètres...Amitiés, Max
Commentaire n°3 posté par Max Demont le 24/08/2011 à 10h59

Salut Max,

merci pour ton gentil message. Me réjouis de te revoir aussi et de papoter de nos folles cavalcades passées et à venir...pas sûr de pouvoir sprinter sur 6kils mais on va bien se marrer. A vendredi prochain mon ami! Amitiés et salutations sportives.

Réponse de Runningman ze Grand Corps des Alpes le 25/08/2011 à 09h17
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