Arrivée du marathon 2008 en tant que meneur d'allure prévu pour 3h15. Finish en 3h14.....
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Avant de vous narrer les péripéties et autres émotions vécues au cours de ce qu’il conviendra d’appeler une véritable aventure intérieure, je souhaite vous livrer, en préambule et à chaud, quelques données techniques qui vous permettront de vous faire rapidement une idée précise de ce défi relevé et achevé par la presque totalité des participants au cours de cette première semaine de septembre 2006.
La Gore-Tex Transalpine-Run est une des course de montagne par étapes des plus exigeantes qui soit : 8 jours de compétition, 240 kilomètres, 14'000 mètres de dénivellation avalés par sentiers pédestres, routes de forêts, dans le roc et traversant 4 pays alpins. Le décor dantesque est planté, il ne reste plus aux compétiteurs qu’à s’armer de courage, car il va en falloir, sans omettre de faire preuve de tactique dans l’approche de ces épreuves alpines hors du commun.
Tracé 1ère étape:
Oberstdorf / D – traversée du Trettach-Tal jusqu’à Spielsmannsau – s’ensuit une grimpée assez raide longeant la cabane Kemptener Hütte jusqu’au Mädelejoch – puis on bascule vers Holzgau –à partir de là, on remonte à nouveau jusqu’au Hager Höhenweg – avant la descente en direction de Steeg / A im Lechtal.
Profil
Distance verticale: +1496 m./ -1185 m. déniv.; distance horizontale: 31 km, Ø temps nécessaire: env. 4h30
Nos données: temps de course 4h50
Ces données caloriques ne sont rien puisque nous allons répéter cet exercice de style de jogging alpestre au cours des 7 prochains jours et pour un peu que le lecteur du présent récit soit un brin connaisseur, il aura vite remarqué que ces valeurs caloriques paraissent trop élevées. Pourquoi? Un départ donné à 11h30 par une température et un tempo relativement élevés a eu tôt fait de nous ramener dans le rang, certes après quelques rappels à l’ordre du soussigné. L’astuce consistant à ne pas se « griller » d’entrée en commettant ce genre d’erreurs de débutants. Ajoutez-y pour l’anecdote un « camelback » insuffisamment rempli en boisson, l’oubli d’un couvre-chef ad hoc et vous avez là la situation idéale pour un bon coup de chaleur, ceci à peine après avoir parcouru 6 km !! La solidarité étant de obligatoire, me voilà déjà en train de devoir voler au secours de mon acolyte car, prévoyant de nature, il se trouve que j’avais emporté une seconde casquette et forcément, j’ai pris soin de remplir mon sac comme il se doit sachant que les ravitaillements se compteraient sur les 2 doigts d’une main.
Passées ces « frayeurs » initiales, nous voilà parvenus au 1er ravitaillement tant attendu. Brève halte afin de s’hydrater et refaire le plein de liquide énergétique et autres gâteries avant d’attaquer les premiers réels contreforts de cette étape.
Il va falloir à présent faire usage de nos chers bâtons conseillés pour ce type d’épreuve au profil par moments extrêmement pentu. Les affaires se corsent pour ma valeureuse partenaire Sue car elle ne semble, à mon grand étonnement vu son expérience alpine, pas du tout à l’aise et encore moins au fait de la technique y relative. Ajoutons-y la chaleur ambiante et les effets, toujours perceptibles d’un départ trop rapide et vous avez ici les réponses à mes atermoiements. Je m’efforce de lui montrer la voie à suivre afin que l’effet escompté, soit une meilleure répartition de l’effort à l’aide des bras, puisse porter ses fruits. Patience, cela devrait venir petit à petit car l’élève est attentive et désireuse d’apprendre (enfin…presque).
La montée s’effectue à un rythme relativement lent, le chemin étroit et fortement pentu en certains secteurs ne permettant pas de doubler. La sagesse voulant qu’on économisât ses forces. Arrivés au sommet, nous nous retrouvons à mi-parcours et n’avons parcourus que 15 km. Nous entamons une périlleuse descente vers le village de Holzgau. Le sentier se veut franchement montagnard et caillouteux à souhaits dans les premiers hectomètres. La chute guette car la fatigue aidant, les racines et la pente en remettent une couche et le moindre faux pas ou inattention est immédiatement sanctionné par une figure libre ou imposée. C’est au choix (quoique).
Ma compagne de course chute soudainement sur les fesses mais fort heureusement sans mal. Séquence émotion !
Enfin arrivés au bas de cette caillasse, nous profitons de sections assez „roulantes“ pour augmenter sensiblement la cadence. Un bref coup d’oeil m’annonce, un peu surpris, que ma partenaire n’est pas au mieux. Nous alternons la course et la marche mais le désespoir grandit au fil des kilomètres sur le visage de Sue car le second ravitaillement n’est toujours pas en point de mire. Je m’efforce de lui remonter le moral, histoire de mieux faire passer ce petit moment de détresse morale et physique. Sue se montre brave et endurante. Il en faut tout de même un peu plus pour la faire renoncer. Sacrée bonne femme va ! Ici une splendide cascade et un torrent tumultueux serpentant entre les parois rocheuses dans un vacarme assourdissant que nous longeons toujours sous un soleil de plomb. Le paysage offert à nos yeux est splendide.
Ouf ! Le ravitaillement annonciateur de jours meilleurs est enfin annoncé. Je conseille vivement à ma partenaire (est-ce nécessaire?) de s’abreuver et de se nourrir copieusement car il nous reste encore une petite „bosse“ à avaler avant de franchir cette première ligne d’arrivée. Je ne croyais pas si bien dire car Sue se jette littéralement sur le ravitaillement et ingurgite une quantité de liquide non négligeable. Mazette ! Quelle soif ! Cela décuple ses forces et la voilà repartie à fond de train. je peine presque à tenir la cadence imposée par une Sue tout à coup toute retrouvée et je dois à nouveau calmer ses ardeurs. Quelle santé physique et surtout morale. Comme quoi…
Pari réussi donc. Nous repartons d’un bon pas à l’entame de cette ultime « difficulté », asphalteuse cette fois sur quelques kilomètres avant de retrouver des sentiers forestiers, et après 31 km et un peu moins de 5 heures de course nous franchissons la ligne d’arrivée à Steeg.
Grosse fatigue et mise en bouche un brin difficile mais la bonne humeur aidant, nous avons toutes les raisons de rester positifs quant au reste à venir, car nous savons quelque part que ce sera le meilleur!
Un bref bilan entre 4 yeux sur les erreurs à ne plus commettre (sous peine de cruelles désillusions), quelques bières et un passage dans un des jacuzzis installés dans l’aire d’arrivée donnant ainsi l’occasion de faire plus amples connaissance avec d’autres cinglé(e)s accourus des 4 coins de la planète pour prendre part à cette épreuve insensée et il est déjà grand temps d’aller se doucher avant de passer à table pour une copieuse « pasta party ». Il s’agit à présent de faire le plein de réserves pour la seconde étape.
La journée se termine par un briefing au sujet de l’étape du lendemain puis la cérémonie dédiée aux vainqueurs de l’étape du jour.
Chaque vainqueur de catégorie se voit remettre un maillot de leader respectif à porter lors de l’étape suivante. Le tout savamment orchestré par les maîtres de céans et sur un fond musical incitant chacun à participer. S’ensuit la projection d’une partie des photos prises sur le parcours ainsi qu’un compte-rendu filmé, toujours sur fond musical adapté aux circonstances. De la belle ouvrage. Ambiance !! Il en sera ainsi chaque soir. Rires et larmes seront nos compagnons lors de chaque diffusion de ces images. Splendide. Un grand coup de chapeau aux organisateurs pour cette brillante idée car elle rapproche les coureurs, nonobstant le classement et renforce ce sentiment d’appartenance à la grande famille de la course à pied en montagne.
Tracé 2ème étape:
Steeg (1142 m) direction sommet du Kaisertal – puis direction ouest par le Almajurtal – forte montée vers le Winterjöchl (2261 m) – en passant par le E4 pour rejoindre le Kapallsattel (2396 m) – franchissement du Malunjoch (2487 m) puis le point culminant sis au Valfahrgehrjoch (2543 m) – descente via la cabane Ulmer Hütte direction St. Anton am Arlberg (1286 m)
Profil :
Distance verticale: +1947 m./ - 1785 m.; distance horizontale: 28,2 km; Ø temps nécessaire: env. 5 heures
Nos données: temps de course 4h54.
La nuit fut courte et le sommeil fut un brin agité car la précarité du dortoir improvisé ne permettait pas un sommeil de tout repos. Bref, passons.
Debout aux aurores (5h00) et nous voilà déjà pris d’une frénésie improbable tel des fourmis, chacune vacant à sa tâche principale, rassembler ses esprits, un bref toilettage, paqueter ses effets et se diriger gentiment vers le petit déjeuner.
A en juger par les mines matinales, chacun a conscience de ce qui l’attend. Les séquelles du jour précédent sont imperceptibles et seule l’excitation mêlée à certains doutes quant à la répétition de l’exercice peuvent s’insinuer dans les esprits car la seule lecture du parcours nous garantit un profil accidenté qu’il va falloir ingurgiter sans coup férir. Aucun doute possible à ce sujet car chacun se sent des ailes, non ?
Un copieux petit déjeuner sera la réponse idéale à ces sombres et furtives pensées. Le départ sera dorénavant donné à 08h00. Détail piquant mais nous profiterons (…) ainsi de conditions idéales vu la durée des étapes et surtout les conditions climatiques régnant. Pétrus souhaitant également être de la partie pour nous faire découvrir ces vertes contrées alpines.
Ainsi donc, le départ est donné dans une ambiance tonitruante. La sono du DJ crache à tout va ses décibels
enfin libérés et un hymne éponyme spécialement concocté pour l’occasion encouragera les plus sceptiques à se surpasser. We’re on the highway to hell !! Yessss! Le peloton s’étire à travers Steeg
sous un ciel couvert et sec et par une température clémente. A l’exception des leaders, le tempo initial se veut prudent. L’euphorie du jour précédent au sein du peloton s’est curieusement
atténuée et a fait place à une concentration sur l’effort à fournir. Reste que la bonne humeur et une grosse envie de bien faire afin de rallier au mieux le but suivant animent le peloton et
l’ambiance se veut tout de même bon enfant. Courage soldats!
Le tracé de cette étape a été légèrement modifié. Le sommet du Kaiserjoch (2310 m.) étant encore recouvert de
nombreux névés et pourrait de ce fait s’avérer trop glissant et trop dangereux. Nous passerons donc par l’Almajurtal et la grimpée vers le Winterjöchl. Parcours sans trop de difficultés
apparentes.
Les 6 premiers kilomètres sont avalés à un excellent rythme en ce qui me concerne et je dois m’efforcer de ralentir la cadence car le règlement stipule très clairement que la course doit s’effectuer par équipe de deux. Cela signifie que les passages aux points de contrôle et aux ravitaillements doivent avoir lieu simultanément et l’écart entre les 2 coureurs ne peut dépasser 2 minutes. Dans le cas contraire, une pénalité de 60’ sera ajoutée au chrono final de l’étape. Etant peu enclin à ce type de punition, j’obéis sagement même si les jambes brûlent d’envie de crapahuter. Bref ravitaillement et nous attaquons un secteur forestier relativement raide dans ses premiers contreforts. A mon grand désarroi, ma partenaire ne fait toujours pas un usage adéquat et économe de ses bâtons. Les équipes mixtes, distancées dans un premier temps, nous remontent les unes après les autres. De soudaines crampes d’estomac forcent mon infortunée compagne à une cadence encore ralentie et un arrêt aux stands (si j’ose) pour soulager son pauvre estomac. Poissarde va! J’essaie néanmoins de la motiver par des paroles d’encouragement répétées. Rien n’y fait et je me résigne à l’idée que le mauvais sort finira bien par être conjuré. Je dois surtout la laisser dans ses pensées, sachant que la montée n’est pas son fort, ce qui me paraît tout de même étrange.
Arrivé à la cabane Leutkircher Hütte, sise au sommet de cette splendide montée, avec un bon quart d’heure d’avance sur ma partenaire, je me réjouis du panorama offert et de la portion à venir que nous traverserons sans nul doute avec une certaine aisance, ma partenaire ayant retrouvé ses esprits et une bonne partie de ses moyens physiques et moraux.
La traversée effectuée, voici venue une descente vertigineuse sur un sentier très pentu et rocailleux sur lequel il convient avant tout d’être très prudents. Passé cet écueil, une nouvelle montée très raide sur quelques hectomètres nous ramène à la réalité; nous ne sommes pas encore arrivés au bout de nos peines. S’ensuit une longue traverse à flanc de coteau dans un paysage fait d’éboulements. Les ultimes mètres de dénivelée se terminent par une escalade dans une neige profonde nous menant au point culminant de cette étape. Nous y parvenons sans trop de difficultés en nous accrochant à cette « via ferrata ». Un ultime exercice de style avant d’entamer une vertigineuse descente en direction du second ravitaillement du jour pour lequel nous devons emprunter une piste de ski réputée pour son tracé acrobatique que les funambules du cirque blanc connaissent très bien. La neige recouvrant encore ladite piste et au vu du degré d’inclinaison et sachant l’enthousiasme disons, modéré pour ce type d’acrobaties je conseille à ma partenaire, de se lancer sans retenue en optant pour le champ de neige profonde. La profondeur de la neige permettant ainsi un amortissement des chocs salutaire à ce stade de l’épreuve. Nul ne peut dompter certaines craintes et bien que je lui montre la marche à suivre (…), ma partenaire termine le plus souvent sur son arrière-train, ce qui apporte une touche burlesque bienvenue. Bref ravitaillement comme à l’accoutumée et nous voilà lancés « tout schuss » dans cette descente (de skieurs) en direction de St-Anton. Cette descente très raide s’avère interminable mais bientôt nous touchons au but. Sue aura été très courageuse car les éléments se sont ligués contre elle, il faut le reconnaître. Un dernier replat et voici la ligne d’arrivée et surtout le sourire retrouvés. Bravo Sue, great job !
A distance quasi identique mais en y ajoutant quelques 200 mètres de grimpée supplémentaires que sur l’étape précédente, nous franchissons la ligne d’arrivée avec une certaine « fraîcheur ».
Les muscles ont certes été âprement sollicités mais il semble à présent acquis que le rythme de croisière s’est installé!!! Je pense pouvoir dire que les sensations étaient bonnes malgré les turpitudes gastriques de mon infortunée partenaire! Quelques étirements et une bonne bière bien fraîche nous permettent de reprendre vie avant de plonger nos muscles et pieds endoloris dans les jacuzzis mis aimablement à notre disposition dans la loge Gore-Tex par les organisateurs. S’ensuit le traditionnel rite de la douche et du massage, de la lecture attentive des résultats affichés afin de jauger les écarts séparant les équipes mixtes. On se prend tout de même gentiment au jeu et on ébauche déjà de savants calculs en vue de la prochaine étape. Le marquage à la culotte des équipes susceptibles d’être dépassées prend secrètement forme dans les esprits, tout en restant dans un esprit sain de compétition.
On retiendra de cette journée que la régénération fut bonne, n’étant pas de nature à me sous-estimer, je peux dire que nous sommes en bonne voie et que le bébé se présente bien. We’re back on the track! Il ne reste plus que 185 kilomètres….selon les dires du speaker dans l’aire d’arrivée!
Tracé 3ème étape: St. Anton (A) – Ischgl (A)
Profil :
Distance verticale: +2’364 m./ - 2’290 m.; distance horizontale: 37,1 km; Ø temps nécessaire: env. 6 heures
Nos données: temps de course 7h14
Une chose est certaine, le profil du jour aura su enthousiasmer les coureurs. Que ce soit le lieu de départ à St-Anton ou l’arrivée fixée à Ischgl, ces deux points ont su accueillir comme il se doit les participants, de par le charme local et les infrastructures mises à disposition. Le tracé spectaculaire nous menera à travers sentiers escarpés et rocailleux, bien au-delà de la limite des forêts. Mais avant tout, il faudra maîtriser les 1'500 premiers mètres de dénivellation à travers champs de neiges et autres névés menant au Kuchenjoch, sis à 2'730 m.d’altitude avec un passage sécurisé par un câble. A peine franchi cet écueil et juste le temps d’apprécier le coup d’œil sur les majestueux sommets alentours qu’il va déjà falloir avaler quelques 900 m. de descente en direction du Fasultal, pour ensuite mieux remettre l’ouvrage sur le métier en direction du Schafbichljoch (2’636 m) et son exigeante ascension. Celui ou celle qui pense que l’ultime descente en direction d’Ischgl ne représentera dès lors plus qu’un saut de puce se met bien plus que le doigt dans l’œil (si vous le permettez). Force est de constater que les fortes grimpées auront sollicité les muscles et requis un pied alpin et sûr même lors de l’interminable ultime descente, sans oublier une certaine endurance morale pour avaler les 11 derniers kilomètres au plat menant à l’arrivée.
Nous attaquons donc cette 3ème étape par une forte montée initiale menant rapidement sur un chemin forestier régulier. Première montée en pente légère en direction du Stausee laissant découvrir un lac bleu turquoise serti dans un cirque de sommets enneigés se reflétant en son miroir. Au loin se profile déjà le ravitaillement de la Darmstätterhütte. Ayant pris un départ très rapide, j’en profite pour me ravitailler en conséquence en attendant ma compagne de course qui suit à quelques minutes. Nous nous ravitaillons copieusement avant d’entamer la longue et escarpée montée vers le fameux Kuchenjoch et le tant attendu passage escarpé à franchir à l’aide d’un câble fixé dans la roche. Nous enfonçons jusqu’aux genoux dans cette neige fraîche et ma foi, fort bienvenue vue la chaleur ambiante.
Sue me suit à quelques encablures et jusqu’ici tout se déroule à merveille.
Une fois l’obstacle franchi, nous attaquons la vertigineuse descente en direction du prochain point de ravitaillement fixé à quelques 4 kilomètres de là. Les premiers contreforts de la descente s’avèrent extrêmement âpres à négocier et le pied se doit d’être absolument sûr, sous faute de chute. Je prends un réel plaisir de chamois à dévaler cette vertigineuse pente truffée de pièges et me retrouve rapidement seul avec pour seule compagne…une musique rock…ailleuse à souhait. Splendide.
Ravitaillement en vue et attente sur mon acolyte qui aura su malgré une ou deux cabrioles involontaires se tirer du piège posé par cet environnement. La suite du tracé se veut plus régulière sur quelques kilomètres et la chaleur nous rappelle s’il le faut l’importance de l’hydratation régulière de notre organisme mis à rude épreuve.
Nous menons bon train et Sue fait un excellent usage de ses bâtons ce qui lui redonne un moral d’enfer à l’approche du second obstacle du jour, l’ascension du Schafbichljoch culminant à 2’636 m. Nous progressons sur un terrain lunaire et un bref coup d’œil nous offre encore un de ces lacs d’altitude aux eaux turquoises. Parvenus au sommet, nous savons qu’il ne reste plus qu’à descendre vers le prochain ravitaillement et cela met du baume au cœur car nous sentons l’arrivée proche. Nous avalons donc la difficile et longue descente, tels des cabris, les toits des maisons dans la vallée toute proche nous faisant rêver d’une douche rafraîchissante à portée de bras.
Hélas, une surprise de dernière minute due peut-être à une mauvaise appréciation de la carte et sans doute à la
fatigue naissante et compréhensible, va rapidement mettre un frein (quasi-total) aux dernières bribes de volonté de ma compagne de course au passage du village de Mathon par la simple vue
malencontreuse d’un panneau signifiant les derniers 6 km restant à avaler sous ce soleil devenu de plomb. Pauvre Sue va ! Malgré la meilleure des volontés la caractérisant, elle ne put que
se résigner et faillit presque abandonner. La soif et la chaleur conjuguées à la fatigue de la course vont la mettre à mal. Je me résous à porter ses bâtons et lui donner ce qu’il me reste d’eau
afin qu’elle puisse se rafraîchir et ainsi terminer sans trop de casse cette étape. La fin du parcours est plate et nous emmène le long d’une rivière en plein soleil et ensuite à travers une
petite forêt. Sue résiste héroiquement mais je vais bientôt devoir la prendre par la main pour avaler les derniers 3 kilomètres et nous finissons par franchir la ligne d’arrivée après 7h15’ de
course. Splendide effort, nonobstant cette défaillance psychique et forcément physique en fin de parcours. Reste néanmoins à souligner le mérite d’avoir su trouver les ressources nécessaires pour
s’envoyer encore une de ces étapes monstres ! Bravo Sue !
Et comme si cela ne suffisait pas, l’étape reine se profile déjà à l’horizon avec la fameuse distance du
marathon et ses 42,195 kilomètres pour une dénivelée positive de 2’234 mètres. Ces statistiques sont à elles seules garantes d’une fête digne du nom amplement méritée pour la fin de cette
nouvelle journée. Il n’en demeure pas moins que cela signifie pour certains que ce sont „malheureusement déjà 4 journées fantastiques qui sont derrière“ et pour d’aucuns « qu’il ne reste
plus que des étapes de cinglés ».
Tracé 3ème étape: Ischgl im Paznauntal (1360 m) – relativement plat pour rejoindre le Fimbertal – puis le Fimberpass (2608 m) – puis en descente vers le Val Chöglias sis à 1860 m – remontée vers le Val Laver jusqu’au col de Fuorcla Campatsch (2730 m) – via Motta Naluns (Station du téléphérique) et en direction de Scuol (1260 m)
Distance verticale: 2234 m. de dénivelée positive; distance horizontale: 42,195 km; Ø Temps nécessaire estimé: env. 6 heures
Nos données: temps de course: env. 6h49
Bien calé dans son sofa et pratiquant la course de temps à autre, histoire de se maintenir la moindre, la distance mythique du marathon s’apparente rapidement à un exercice de haute voltige. Si l’on y rajoute quelques difficultés supplémentaires telles que 2234 m. de dénivelée, on bascule dès lors dans le domaine de ce qu’on appelle communément l’extrême. Ajoutez-y les kilomètres et autres dénivelées avalés les jours précédents et certains n’hésiteront pas à avouer que cela peut raisonnablement dépasser l’entendement, je veux dire par-là qu’il faut en avoir en tous cas pas mal dans le cibouleau pour remettre le couvert, sachant qu’on en a pas encore terminé avec les surprises. Eh bien, c’est exactement ce que nous avons fait en ce jour et ce n’est uniquement une fois la ligne d’arrivée franchie que l’on s’en rend vraiment compte. Mais ô surprise, tout semble (plus ou moins) aller de pair. On s’étonnera toujours des capacités d’adaptation du corps humain à l’effort lorsqu’il est sollicité de la sorte.
Retournons à nos moutons si vous êtes d’accord et parlons de cette étape à proprement dit. Les premiers hectomètres menant de Ischgl vers le Fimbertal se déroulent sur asphalte, les véhicules motorisés et autres ayants droit devant pouvoir atteindre sans encombre le domaine skiable de Ischgl, tout est mis en œuvre par la vallée et ce tronçon de route, pour nous faire détester la montagne en ce jour. Fort heureusement, la route bitumée ne sera bientôt plus qu’un vilain souvenir alors que nous empruntons la vallée du Fimbertal en direction de la cabane Heidelberger Hütte. La vallée semble s’éloigner ou s’allonger au fur et à mesure de l‘ascension. La végétation recule inexorablement – une métairie verdoyante, des parois douces, le tout surplombé par des sommets rocaileux majestueux. Premier ravitaillement et images surprenantes de chevaux au toupet inégalé, n’hésitant pas à venir se servir de noisettes, noix, gâteaux et autres barres énergétiques. Il règne ici un petit air des hauts plateaux de Mongolie. Le tout se déroule toujours dans la bonhommie et franche rigolade.
J’ai à nouveau pris un départ un brin rapide, me laissant aspirer par le rythme soutenu des diverses équipes masculines. J’en oublie ma partenaire Sue, qui a pris un départ plus raisonnable. Comme nous avions convenu que chacun irait à son rythme et que les points de contrôle seraient nos lieux de retrouvailles, rien ne s’oppose dès lors à une petite chevauchée plus pressée de ma part. J’ai dès lors tout loisir de me restaurer en attendant ma vaillante comparse. La journée risquant d’être longue, j’apprécie le paysage s’offrant généreusement à mes yeux et imprimant à coup sûr, des images gravées à jamais et que nul objectif ne saurait décrire, les émotions intérieures étant trop intimes. La montée vers le Fimbertal est relativement « plate » – presque trop plate osai-je prétendre. Sue pointe (enfin) le bout de ses bâtons et apprécie sans doute à sa juste valeur, le ravitaillement copieux qui est offert. Il va sans dire que le temps nécessaire sera pris pour se ravitailler en conséquence, car la suite proposée au menu du jour est un brin plus épicée. La pente se veut plus accentuée après la cabane Heidelberger Hütte et nous nous efforçons de faire route commune. Je ne cacherai pas que la vue de certaines équipes mixtes avec lesquelles nous nous livrons à un mano à mano amical mais bien réel, me fait augmenter la cadence, au grand détriment et désespoir de ma compagne de course. Bref, on fait ce qu’on peut et cela donne un semblant de piquant à notre épopée fantastique. On se tire un peu la bourre comme on dit, non ?
La vue du haut du col de Fimberpass en direction du sud est tout simplement merveilleuse: une nature sauvagement érodée, quelques vestiges d’un hiver refusant obstinément de tirer sa révérence, les prés verdoyants – et chapeautant le tout, un ciel bleu azur et libre de tout nuage. En fait, il faudrait, par respect envers le spectacle présenté, procéder presque obligatoirement à une pause de 30 minutes minimum et poser nos yeux en lieu et place de détaler comme des dératés vers la vallée. Mais voilà, on est en course, pas en promenade. La descente se veut raide, glissante par endroits et relativement technique. Il s’agit ici d’en avoir encore un peu sous la patte, histoire de bien négocier les bricoles qui peuvent rapidement s’avérer traîtres au possible. Il n’en sera rien et déjouer ces pièges sera un jeu d’enfant, on se découvre même certains talents en la matière. Sue s’accroche merveilleusement malgré les difficultés évidentes du parcours.
Je me laisse encore emporter par ma fougue et je ne tarde pas à mettre de plus en plus de distance d’avec mon acolyte. Rien n’y fait, mon tempo est bien trop élevé (si j’ose). Qu’à cela ne tienne, je file à toute allure, conscient d’une prochaine attente pouvant paraître interminable mais il en est ainsi et je m’en accoutume parfaitement. Problèmes gastriques? Bref, je poursuis sur mon tempo et advienne que pourra! Je me sens dans une forme resplendissante et je dois l’avouer, l’idée de reprendre les « adversaires » me titille en même temps qu’elle m’excite de plus en plus. Quel pied que d’avaler les descentes vertigineuses et les « pièges » proposés par autres cailloux, gués à franchir subitement et autres sentiers détruits par je ne sais quelle crue en furie provoquée par le ruisseau nous bordant sur une partie du tracé. Toutes bonnes choses ayant une fin, la descente touche à son but et il est grand temps de refaire connaissance avec la montée et ses aléas. Ce d’autant plus que la température augmente lentement mais aussi sûr qu’une horloge de notre bonne vieille Helvétie! Or donc, le sentier se veut un peu plus pentu à partir du lieu-dit Farola sis à 1860 m. Petit pont à franchir et la progression à l’intérieur de la forêt. Vu la température ambiante, cette incursion se veut salutaire et est appréciée à sa juste valeur. Il s’agit d’en profiter car chaque clairière nous rappelle que l’été indien n’est pas qu’un mythe. Boire, se désaltérer, s’abreuver…bref, le credo est connu!
Enfin parvenus au second poste de ravitaillement, on déguste force lard, salami, et pain artisanaux et quelques boissons fraîches et désaltérantes tout en profitant de l’accueil généreux des préposés locaux. Bien nous en prend car le sentier à venir se veut étroit et pentu, tout d’abord à travers champ puis progressivement selon les vieilles coutumes, c'est-à-dire relativement pentu. Piano, piano, chi va piano va sano…e lontano!. Les pulsations augmentent mais il s’agit une fois encore de gérer l’effort. Nous cheminons donc comme il se doit, en cherchant la route idéale, tels les marathoniens suivant le tracé idéal. Le rythme cardiaque doit se situer au grand maximum à 140 pulsations minute, rien de plus ! Avec la pente s’accentuant et la fatigue ayant décidé d’y mettre du sien, je m’applique à inculquer à Sue les avantages du manier de bâtons afin d’obtenir le meilleur rendement possible de ces précieux alliés. Autant prêcher dans le désert dirait l’autre ! Rien n’y fait et je me pose des questions sur les vertus alpinistes de ma vaillante comparse. Bref, peine perdue, et donc chacun son style. Seul hic, nous nous perdons rapidement de vue, au vu de la différence flagrante de fraîcheur. Le peloton encore nombreux au ravitaillement s’étire à présent sur une distance respectable. On peut apercevoir de nombreuses équipes loin devant mais également derrière.
Le sympathique chef de parcours Wolfi Pohl est, une fois encore, sur le parcours et qui plus est toujours aux endroits les plus critiques mais toujours prompt à distiller des encouragements bienvenus et sincères. C’est avec une mine réjouie que j’entends même en langue locale que le sommet n’est plus qu’à quelques encablures. Cela signifie que le plus dur est bientôt derrière et qu’il ne restera dès lors plus que la « bascule » en direction de Scuol. Mon expérience de la montagne m’a appris qu’il vaut mieux se méfier des dires indigènes. Non pas que je doutasse de l’appréciation locale des distances et dénivelées fournies avec sourire et dans un but de soulager nos doutes et mines marquées par les efforts consentis mais je sais ce que peuvent signifier « 25 minutes » jusqu’au prochain ravito ou « 20 minutes » jusqu’à l’arrivée à Scuol! Tout s’apparente à un mensonge, digne du meilleur arracheur de dents, car on se prend immédiatement à mater son chrono de manière folle et furieuse et toute notion de temps disparaît au fur et à mesure que mes forces en font de même : 1. je sais que je n’ai pas l’air en forme (toute ressemblance avec Derrick est volontaire). 2. les quelques mètres menant au col représentent tout de même un à-pic de 150m. 3. Du col jusqu’au prochain ravito, il reste encore 5,5 km – y compris quelques remontées légères certes, mais remontées tout de même. 4. il se peut que le ravitailleur local n’ait besoin que de 20 minutes pour redescendre à Scuol grâce à son véhicule motorisé, soit 1000m. de dénivelée encore à digérer!
Une fois n’est pas coutume, mon tempo endiablé et mes guibolles de jeune homme (….) m’ont ringué au point culminant de l’étape sans coup férir, larguant à proprement dire Sue comme un malpropre que je suis du coup. Bref, j’atteins enfin Fuorcla da Campatsch. Par précaution mais surtout une pointe d’humour « pro-européenne » de nos amis autrichiens, nous devions emporter une pièce d’identité car nous entrons sur territoire helvète. Force ou farce est de constater qu’aucun gabelou n’a daigné faire le pied de grue là-haut sur la montagne. Tout au plus le vent nous gratifie-t-il de sa présence. Quelques étirements en appréciant la vue imprenable sur la Basse-Engadine mais aussi sur quelques figures furtives que je devine au loin dans la descente. Descente constituée de roches pour débuter puis de vertes prairies que j’entame sans attendre ma valeureuse Sue, bien trop attardée. J’ai des fourmis dans les jambes et bien que mon attitude ne se veut pas à la hauteur des cimes, je me dis que nous nous retrouverons, comme convenu, au prochain point de ravitaillement, peu avant l’ultime dérupe. Je me lance donc à l’assaut du domaine skiable de Scuol tout en demeurant concentré sur le faible balisage. L’histoire me donnera raison car bien des équipes se sont fourvoyées et y ont laissé non seulement une énergie précieuse mais surtout un temps conséquent. Etonnamment, le travail musculaire effectué dans la descente ne se fait pas ressentir dans les jambes et je me plais à franchir chaque ruisseau par de petits bonds. Bref coup d’œil en arrière, histoire de repérer Sue mais je suis déjà bien trop en aval. Je me dis qu’elle devrait me rejoindre sous peu, sachant ses aptitudes de descendeuse inverses à celles de grimpeuse pure. Je parviens au ravito de Muottas Naluns et j’en profite pour me désaltérer et me rassasier. Le temps s’écoule et j’aperçois des équipes que nous avions pris de vitesse de manière significative avant la grimpée vers Fuorcla Campatsch. Je me dis qu’un coup de moins bien peut survenir à chaque instant et, par acquis de conscience, je décide de remonter sur quelques kilomètres à la rencontre de mon amie. Je refais ainsi le chemin inverse que j’avais avalé auparavant comme une cuillère à soupe, mais cette fois avec de sérieux doutes et craintes quant au sort de Sue. Passe des équipes, lesquelles me disent n’avoir dépassé personne!! Cette fois, cela en devient franchement bizarre. Ce que je craignais s’avérera on ne peut plus exact. Sue s’est égarée, à l’instar d’autres concurrents, tout bonnement. Ce n’est que 2h plus tard que ma Sue réapparaîtra tout sourire de son infortune qui, soit-dit en passant, lui aura coûté pas mal de forces et accessoirement un temps précieux sur nos principaux « rivaux ». J’avouerai ne pas être vraiment enchanté par la tournure prise par ce fâcheux écart de conduite ou de parcours si vous préférez. Mon humeur d’habitude joviale en toutes circonstances a soudainement tourné au vinaigre. Il va sans dire que le ravito se doit d’être pris car vu l’effort supplémentaire et involontaire qu’elle a subi, elle l’aura amplement mérité. Loin d’être au bout de nos surprises et à mon grand étonnement, Sue semble se sentir coupable de s’être égarée et ne se restaure que furtivement. Typical Sue (TS) !! Sanction immédiate, elle file sans m’attendre et comme hypnotisée par la perspective d’une arrivée toute proche. C’est les yeux écarquillés que je la vois emprunter la mauvaise route une fois encore. De concert avec les bénévoles du ravito, nous nous efforçons de la rappeler à grands coups de sifflets et autres cris mais rien n’y fait. Madame file tout droit ailleurs. La fatigue aidant, la concentration n’est plus forcément de mise et cela se comprend aisément. En y ajoutant le désir de se faire „pardonner“ l’égarement précédent, tout devient limpide, non? Mieux vaut en rire et après quelques hectomètres inutiles, elle revient enfin sur ses pas et nous pouvons désormais aborder la pente très raide devant nous mener sur la place centrale du vieux Scuol, le tout avec env. 30°C mes aïeux! Que du fun !!.
La ligne d’arrivée de Scuol est d’autant plus belle qu’elle est sise directement au bout de la longue et pentue descente. On ne doit pas encore se taper un interminable plat ou autre délicatesse concocté par le GO. Ziel! Fertig. Comme on dit ici.
Récupération habituelle à grand renfort de rafraîchissement à base de houblon, malt et spécialités locales. N’oublions pas le bain en commun dans les jacuzzis spécialement mis à disposition et dans lesquels nous avons tout loisir de conter nos péripéties dans la bonne humeur et la franche camaraderie. Moments uniques s’il en est. Il nous faut à présent rejoindre les cantonnements qui seront aussi les seuls vraiment « confortables » de toute la semaine. Une bonne douche et il n’y paraît à nouveau presque plus rien. Nous renonçons à la traditionnelle Nudelparty, ayant jeté notre dévolu sur un bon morceau de bidoche bien saignant, histoire de refaire le plein de je ne sais quoi et débrancher un peu du peloton. Non pas que celui-ci fut désagréable, juste histoire d’apprécier autre chose. Au fait, aucun bobo à signaler, cela mérite d’être signalé après tous ces mauvais traitements que nous avons fait endurer à nos pauvres petons. Rarissime! Le fameux „jour de repos“ tombe à point nommé. Certes une étape aura bel et bien lieu, mais uniquement en fin de journée. Cela nous laisse donc assez de temps pour nous régénérer. Scuol est réputé pour ses thermes et nous avons droit à une entrée gratuite. Est-ce bien raisonnable d’y aller sachant qu’un sprint en vertical sur 5.5 km et pas moins de 960m. nous attendent sur le coup de 16h00? Je renonce aux bulles et m’attarde au lit car la nuit en abri ne fut de loin pas de tout repos. L’amicale des tronçonneuses ayant donné une joute oratoire unique et forte en décibels. Aux bains, nous préférons donc une bonne assiette grisonne en guise de subsistance, après un bon petit déjeuner pris dans un tea-room local.
Tracé: Départ sur la place centrale du village à Scuol (1260 m) – tout en pente et encore en très horriblement
pentu jusqu’au sommet du télécabine menant à Motta Naluns 2130 m)
Distance verticale: 960 m. en montée pure; Distance horizontale: 6,19 km;
Ø Temps nécessaire estimé: env. 1h30’
Nos données: temps de course: 1h02’
La journée ne pouvait pas mieux débuter puisque pour une fois la grasse matinée est au programme! Pour une fois nul besoin de se demander pourquoi la nuit fut à moitié consommée ou si le déjeuner fut copieux ou juste frugal voire insuffisant car pris à la va-vite dans le joyeux tohu-bohu matinal qui prévaut d’ordinaire. Pas de jambes encore ankylosées par le froid, parfois mordant du matin, peinant à nous traîner jusqu’à l’aire de départ. Cette fois c’est Bysance ! On va faire bombance, sans vergogne. Le départ du sprint contre-la-montre n’est-il pas donné dès 15h30 ?
En lieu et place d’une visite des bains thermaux de Scuol, nous nous attardons au bistrot et apprécions le ciel bleu azur, les sommets alentours culminant presque tous autour des 3’000m. et la quiétude des lieux. On se remémore dès lors les étapes effectuées jusqu’ici et l’étape marathonienne de la veille. Quelques frissons parcourent subrepticement la musculature, comme si celle-ci avait inconsciemment eu vent de mes pensées !
Nous regagnons notre cantonnement, histoire de se reposer encore la moindre avant d’entamer ce sprint vertical. Etape organisée lors de la 1ère édition de l’an dernier en urgence à cause des inondations et crues soudaines qui avaient amputé la longue étape prévue vers Scuol.
Particularité de ce sprint, les paires de coureurs peuvent courir chacun à leur rythme. Cela signifie que si les équipes ne franchissent pas la ligne d’arrivée ensemble, seul le chrono moins bon (si j’ose) fera foi. Cela permet à chacun de lâcher les chevaux à sa guise, sans mettre une pression inutile sur son/sa partenaire. Nous nous élançons donc du centre de Scuol et la pente s’accentue dès les premières foulées. Il en sera ainsi jusqu’au dernier centimètre de ce parcours torturé à souhaits. Les articulations, pieds et jambes semblent ravis de n’avoir à effectuer qu’une seule montée sur 900m de dénivelée positive, le tout en un peu plus de 60’. Cela s’apparente presque à une journée de repos dira-t-on. Ajoutons-y un départ en « couple » et non en masse et le décor est planté. On va se tracer après au détour des ruelles moyenâgeuses du vieux Scuol dans une cadence de 30 secondes, sans devoir se bousculer vu leur étroitesse. Les plus rapides partiront en dernier. Va falloir s’agiter pour ne pas les voir débouler et nous dépasser sans coup férir.
Certains optent pour les bâtons, précieux alliés vu le degré de la pente sur certains tronçons de la piste de ski que nous emprunterons. Je décide pour ma part de partir léger mais toujours en musique. Sue en fait de même. Le temps est à présent à l’orage et lourd. Je prends peu à peu mes distances de Sue mais je jette régulièrement des regards furtifs vers ma compagne, au détour des nombreux virages et autres lacets dessinés dans la pente. Je l’encourage au loin et admire sa persévérance et sa volonté. Tout se passe bien.
Les dépassements sont fréquents et quelques rares coureurs me dépassent à leur tour en solo, vu qu’il n’y a aujourd’hui pas d’obligation de terminer ensemble. J’ai déjà en point de mire la ligne d’arrivée que je ne franchirai hélas pas en-dessous de l’heure. Parcours bouclé finalement en 1h02. Sue suit à quelques encablures en 1h12, avec le sourire. Parfait !!
Les organisateurs, ayant pensé à tout et surtout au confort des coureurs, nous ont concocté un vrai régal pour le souper à prendre au restaurant de Muottas Naluns. Menu à choix : Pâtes ou asiatique ! La bière et le vin coulent à flot dans l’habituelle liesse et bonne humeur qui a envahi tout un chacun depuis le départ à Oberstdorf. La magie opère et on se croirait franchement au coin d’un bar en zinc parisien. Brèves de comptoir à n’en plus finir, en allemand, français, italien, autrichien (!!), anglais etc. Plus aucune trace de fatigue, aussi étonnant que cela puisse paraître. Il est bientôt grand temps de redescendre au cantonnement car la nuit sera plus courte cette-fois, au contraire de l’étape proposée devant nous mener à Mals (I).
6ème jour – A l’assaut du Roi Ortler
Tracé: Scuol (1260 m) - Sur En (1133 m) – très plat et rapide jusqu’à Sur En puis en légère pente régulière jusqu’au ravito et check-point, via les gorges sauvages de Uina-Schlucht creusées dans la roche puis vers le col du Schlinigpass (2261 m) – en passant le sentier d’altitude 8a (point culminant à 2315 m) sur la face ouest du Watles, en direction de la cabane Plantapatsch (si si, c’est son nom - 2108 m) – puis en descente à travers chemins forestiers menant au Weiler Wischgaden, poursuivant sur le chamin cycliste traversant le vallon du Etschtal - Burgeis (1257 m) – avec arrivée sise à Mals (1052 m)
Distance verticale:1332 en montée pure, 1540 en descente;
Distance horizontale: 37,02 km;
Ø Temps nécessaire estimé: env. 5h30
Nos données: temps de course: env. 5h25
Au vu des prévisions météo orageuses prévues pour cette étape longue de 37km en direction de Mals, l’heure du
départ est avancée à 07h00 par le chef de parcours Wolfi. Diane donc à 05h15 mes enfants! M…alors. Nuit souterraine agitée, les scieurs de tout bois s’en donnant à coeur joie, sans vous narrer
les inévitables bruits émis par des estomacs en furie et autres refoulements gutturaux. Je fais contre mauvaise fortune bon aloi même si la chaleur y met du sien et, boules quiès aidant, fini par
trouver le sommeil.
Cette étape se veut rapide dans sa portion initiale de 7km et je m’en lèche les babines rien qu’à l’idée de pouvoir lâcher les chevaux une fois encore avant d’attaquer le bucolique sentier menant aux spectaculaires gorges d’Uina. Une fois encore la tactique de course est simple ; je file à mon rythme puis je patiente en attendant Sue. No problemo! Le tracé promet d’être spectaculaire et panoramique, alternant avec une belle montée escarpée déconseillée aux adeptes du vertige, une traversée menant au point culminant de l’étape, sis à mi-parcours et simultanément à la frontière entre la Suisse et l’Italie à une altitude respectable de 2261m. Les prévisions météo sont démenties et à l’exception de quelques cumulus venus jouer les trouble-fête, rien bien de méchant ne se profile à l’horizon. La journée sera donc belle et ensoleillée. Sue me rejoint au 1er ravito, montant à son rythme et gérant parfaitement son effort. Nous attaquons de concert la grimpette escarpée vers les fameuses gorges d’Uina, véritable clou du spectacle de cette étape. Les passages sont littéralement creusés dans la falaise et nous devons parfois traverser de petits tunnels alors qu’en contrebas, le torrent se fracasse sur les roches des éboulements dans un vacarme étourdissant. Cela en devient presque malhonnête de courir. Toutefois, le terme courir est usurpé tant la pente est raide et chacun a loisir d’oser un coup d’œil vertigineux sur ce magnifique spectacle offert par dame nature.
Comme à l’accoutumée, mon tempo se veut bien trop rapide en rapport à celui de Sue et je fini par prendre inexorablement mes distances. Qu’importe, nous nous retrouverons plus tard à la Cabane Plantapatsch (si, si, ça existe!) au Km 25 pour un second ravito et l’entame de la descente vers l’arrivée à Mals. Franchi le col de Schlinig et ses vertes prairies permettant enfin de courir à un rythme respectable serais-je tenté de dire, je bifurque juste après la cabane Pforzheimerhütte pour emprunter un sentier panoramique avec vue sur le fameux Piz Ortler. Le chemin de montagne alterne avec de courtes montées et des faux-plat rapides pour atteindre la fameuse cabane au nom improbable. Je vole littéralement, au son d’une musique endiablée. Quel pied(s) et sensations extraordinaires après ce que nous avons déjà tous enduré. Je parviens au fameux ravito et ultime check-point avec environ 20’ d’avance sur Sue. Là voilà déjà qui se profile en toute aisance malgré de mauvais maux d’estomac qui lui ont une fois encore joué un vilain tour. Le ravitaillement se veut frugal car il nous reste encore 12 bons kilomètres de descente à avaler. Le soleil darde de ses rayons azurs et brûlants et nous avons tous hâte de rejoindre les parties ombragées de la forêt sise quelques centaines de mètres en contrebas. Pour y parvenir, il faudra cependant encore se farcir une descente sur la piste de ski locale.
Je ne saurais hélas être en mesure de dire de quelle couleur celle-ci est désignée. Désolé.
Une fois encore, me voilà atteint du syndrome bien connu des coureurs, le bien nommé „flow“. Le genre de sensation qui fait que vous ne sentiez plus vos jambes, juste des sensations de légèreté, de plénitude. Aérien quoi. Quel panard, je vole littéralement et j’avale la descente avec une aisance non-feinte. Seul ombre au tableau, je me laisse entraîner par ma fougue et j’en oublie qu’il faut bien évidemment rester attentif à la signalisation faite de « rubalises » disposées ci et là, tantôt sur le sol, voire accrochées sur des branches de sapins. Comme je le dis si bien, à quoi sert-il d’avoir des jambes si on a pas de tête? Or donc, me voilà tout à coup pris d’un sérieux doute lorsque je m’aperçois enfin que cela fait déjà un moment que je descends en direction de la plaine sans percevoir le moindre signe rassurant quant à la direction prise en toute hâte. Ayant renoncé à refaire le chemin inverse, qui plus est, en montée, je me résigne à emprunter une route asphaltée qui longe la forêt à peine descendue. Bien m’en prends car je ne tarde pas à rejoindre le sentier que j’ai si magistralement manqué suite à ma déconcentration, passagère dira-t-on. Ouf de soulagement, je n’aurais finalement parcouru que 2 petits kilomètres inutiles, ce qui n’est rien en regard de ce que nous nous sommes déjà infligé auparavant. Mais tout de même, je n’en suis pas trop fier, moi qui venais juste de « réprimander » (en douceur) ma comparse, coupable du fameux crime de lèse-majesté que celui de se planter en route. Comme quoi, nul n’est à l’abri!
Les cinq derniers kilomètres sont en léger faux-plat descendant et relativement rapides et le tempo demeure élevé. Sue n’arrive pas à me suivre mais elle mène bon train. Nous franchissons ensemble la ligne d’arrivée sous un soleil généreux dans le tranquille village de Mals. Bourgade calme et fleurie du Haut-Adige au Südtyrol. L’arrivée se situe au centre du village, juste devant l’église locale. Rafraîchissement bienvenu à grand coups de bières et autres sustentations avant de rejoindre la méga-halle de tennis qui servira de dortoir pour toute la charmante cohorte de cinglés.
La bière coule à flots au bar de la piscine locale. Nous arrosons cette antépénultième étape avec nos amis
anglais et écossais, histoire de se relaxer un peu mais je pense surtout qu’inconsciemment, nous voulons nous donner un peu de courage pour bien terminer la suite de cette semaine et aborder la
terrible épreuve prévue demain matin. La longueur en elle-même ne représente pas le pire, mais le fait d’atteindre le point culminant de la semaine et sans doute, le graphique torturé de l’étape
paraît tout droit sorti de l’imagination tordue d’un quelconque auteur de science-fiction. Vertigineux je vous le dis.
7ème jour – Le point culminant, le sommet (mais hélas, pas du blues) !
Le tracé: Mals (1052 m) – par delà sentiers de randonnée et champs en montée vers le Matschertal – longeant un bisse en direction de Matsch (1602 m) – s’ensuit une section relativement plate jusqu’au ravito de Glieshof (1824 m) – l’affaire se corse franchement à partir d’ici car il n’existe quasiment plus de chemin à proprement parlé. Caillasse, pierriers et rochers énormes à franchir du mieux qu’on peut sans se soucier de respecter un tracé précis. C’est très, très raide mes amis! Cela s’appelle Ramudeltal et nous mène en droite ligne à la fameuse et redoutée Rappenscharte (3012 m) dont on devine les contreforts depuis belle lurette mais qui semble s’éloigner au fur et à mesure que nous la gravissons tels des gastéropodes, c.à.d. en rampant! – Chacun avalera ainsi le plat de résistance de la semaine et ses 1'200 mètres de dénivellée positive sur quelques trois kilomètres!! L’hélico de course nous survole mais je ne tente même pas d’esquiver le moindre signe du bras car toute tentative de redressement de cette position rampante épousée depuis quelques kilomètres signifierait à coup sûr de repartir à la renverse, avec les fâcheuses conséquences que chacun saura deviner. Enfin, le sommet s’offre enfin après avoir vaincu cette satanée pente. A peine le temps de contempler le spectaculaire panorama proposé et d’avaler une puissante gorgée bienvenue qu’il faut déjà penser à attaquer la vertigineuse descente menant dans le sauvage Schlandrauner Tal tel un skieur alpin s’élançant de son portique de départ. Tout schuss, sans les skis toutefois! Il faut dire qu’il reste encore 15 kilomètres de descente pure dont certains tronçons sont encore une fois très, mais alors très raides. Les jambes vont souffrir, promis! Schlanders (717 m) – cela signifie une descente non-stop de 2’339 mètres!
Distance verticale: 2’004 m. de montée, 2’339 en descente.
Distance horizontale: 34,51 km; Ø temps moyen estimé: env. 5h30
Nos données: temps de course: env. 6h59
Wolfi, le GO nous avait briefé hier au soir sur la dureté de cette étape. Sur un graphique tout est vite relativisé et peut paraître simple, ça monte d’un côté et ça descend de l’autre. Fastoche, tu parles!
Toutes les étapes se ressemblent curieusement. Départ à travers des sentiers menant sur les hauteurs, en passant cette fois par de magnifiques plantations de pommiers, puis on atteint la forêt en direction d’un vallon latéral, le Matscher Tal. Somptueux décor! Quelques montées intercalées et assez corsées mais valant le détour nous font découvrir un parcours idyllique au bord de bisses grondant par endroits et offrant par là-même, un rafraichissement bienvenu à notre musculature meurtrie à ce point de la course. La pente s’adoucit et n’est plus constituée que d’un léger faux-plat ascendant en direction du prochain point de contrôle qui fera également office de ravitaillement. Nous avons dès lors atteint le 15ème kilomètre, soit le fond du vallon et les savants calculs peuvent commencer dans mon esprit. Je contemple les alentours et les sommets qui nous surplombent tout en me demandant lequel sera le juge de paix du jour. Ravito copieux en ce qui me concerne et j’en profite pour refaire « le plein » de liquide avant de me lancer sur l’obstacle. Je réitère mes conseils à Sue en ce qui concerne le ravito puis nous repartons tout en douceur vers ces fameux contreforts. On peut encore apercevoir quelques frêles silhouettes perchées sur la pente, progressant à grand peine et c’est à ce moment que je prends conscience du défi à relever en cette belle et ensoleillée journée de septembre. Mieux vaut ne pas penser du tout et juste se concentrer sur le prochain pas. Il n’existe à présent plus de chemin à suivre. Il faut juste se frayer un passage par-dessus les rochers et ce de façon économique si possible. Autant dire que la tâche se veut ardue mais pas impossible. Chacun son tempo et son style pas toujours gracieux certes, mais efficace s’il en est.
Chacun atteindra ainsi le sommet de la semaine. Certains termineront l’étape en solo mais qu’importe le classement final, le but ultime étant de participer et de terminer. Etre un « Finisher » ! Fort heureusement, la face opposée de la Rappenscharte se veut plus hospitalière, sauf sur les premiers contreforts. On ne tarde pas à rejoindre un véritable sentier de montagne et tout paraît soudainement plus facile si j’ose dire. La pente demeure relativement raide et technique, nécessitant encore une fois les cuisses et genoux et surtout l’aptitude à pouvoir éviter les obstacles faits de racines et autres pierres coupantes, toujours prompts à vous réveiller en cas de déconcentration, de fatigue et d’oubli de lever les pieds. Cruels et douloureux réveils. Étonnamment, nous réussissons à trouver de bons appuis malgré la forte déclivité de la pente. Seuls quelques coureurs nous dépassent encore mais il s’agit ici de coureurs qui termineront ce long périple en solitaire suite à l’abandon de leur partenaire malgré toute la bonne volonté affichée, mais qui en fin de compte ont dû se rendre à l’évidence cruelle que seul un arrêt définitif leur serait salutaire. Cruel, cruel. Dorénavant, le classement ne se limitera plus seulement aux catégories „Mixed“ ou „Masters“ – on parlera de „Out of Ranking“, qui compile tous ceux qui ont giclé du classement des paires initialement composées et qui souhaitent tout de même franchir symboliquement cette fameuse ligne d’arrivée.
Les derniers hectomètres de descente en direction de Schlanders sont particulièrement pentus et il fait très chaud. Les articulations sont fortement mises à contribution. Descendre, encore descendre et nous y voilà enfin! On s’est quand même avalé une descente Non-stop de quelques 2’340 mètres de dénivellation, le tout au pas de course s’il vous plaît.…
Nous atteignons enfin le plancher des vaches et la plaine. Encore un bon kilomètre à travers Schlanders, et enfin la fatidique et tant convoitée ligne d’arrivée. La descente aura fini de saborder le moral des troupes et je dois à présent entreprendre un gros labeur psychologique en vue de soutenir Sue qui montre quelques signes, compréhensifs, de lassitude et grosse fatigue à l’entame du dernier mile à parcourir à travers Schlanders, qui plus est, sous une chaleur étouffante. Nous unissons donc nos efforts et c’est avec le sourire de celle qui sait que le plus gros est effectué que nous franchissons cette ligne. Un bref instant pour réaliser puis vient le moment des retrouvailles et du partage des émotions vécues avec les équipes ayant également bouclé ce périple du jour. Quelques bières, un passage dans le jacuzzi et des rires communs font que l’étape du jour et ses traces font presque déjà partie du passé. Juste incroyable faculté de zapper ainsi pareil effort consenti. Pur délire. Merci chères endorphines! Certains marchent tout de même (heureusement) sur des oeufs. Spectacle insolite s’il en est.
8ème jour - C’est fait!! On l’a fait !!!!!!!!!
Le tracé: Schlanders (717 m) – Göflarn – par de là des chemins de forêt puis une forte montée en direction de Göflarner Alm (1830 m) – un pierrier en direction de Göflarner Scharte (2396 m) – puis le magnifique sentier panoramique Marteller Höhenweg via la crête menant en descente au Morter Lager (1754 m) – ensuite le sentier forestier descend de manière interminable en serpentine jusqu’à la croisée de la Martelltalstraße (860 m) – arrivée à Latsch (640 m)
Distance verticale: 1’817 m. de montée, 1'894 m. en descente; Distance horizontale: 28,62 km; Ø Temps moyen: env. 4h30
Nos données: temps de course 4h50 (Sue arrivée en 5h12)
Départ à plat sur quelques 3 kilomètres en direction du versant sud du vallon de Etschtal. „Seulement 1817m“ de montée? – ça passe pour une plaisanterie au vu de ce qu’on s’est déjà envoyé mais il faudra quand même d’abord se les envoyer ces fameux mètres de dénivellation. Ensuite seulement nous dresserons le bilan de cette semaine de dingues.
Pour cette dernière étape, un bon nombre d’invités spéciaux sont présents et parmi ces derniers on citera des représentants de la marque PUMA (sponsor oblige), des journalistes et le plus surprenant, un acteur que je ne connais pas personnellement mais que le monde entier semble admirer: il incarnera un méchant personnage dans le prochain James Bond. Nous voilà donc encerclés par la meute de journalistes et autres caméramen. Sans vouloir être de mauvaise langue, notre cher acteur est assez lent et on ne le reverra ni entendra pas avant l‘arrivée. C’est sans nul doute un gros coup médiatique pour la notoriété de la course. Le chanteur Joey Kelly (Kelly Family) a, lui, couru toute l’épreuve et ce en toute modestie. Un tel rameutage autour de ces « invités » laisse tout de même songeur. A mon avis et sans être franchement opposé à ce type de pratique avec des „pipoles“, je préfère quand même laisser franchir la ligne d’arrivée à ceux avec qui j’ai passé les 7 derniers jours de course.
Ayant couru toute la semaine sur la retenue, vu la différence de rythme d’avec ma partenaire, je me lâche un peu et prends immédiatement la poudre d’escampette avec le wagon de tête, sachant pertinemment que j’attendrai Sue au 1er ravitaillement situé au km7. Cette option de course a été décidée de concert avec Sue et cela se passe très bien. Chacun son allure. Sue me rejoint au poste de ravitaillement après 30‘. La pente s’accentue à présent de manière significative et je ne baisse pas pour autant la cadence malgré le relief alpin. Arrivés sur la cime Göflarner Scharte, le paysage est franchement magnifique en direction de l‘Ortler et du Cevedale. Obligation de ralentir et d’apprécier le coup d’œil. Le sentier poursuit à présent en une forte déclivité le long d’une arête splendide puis à travers champs et rocailles. Nous atteignons maintenant la forêt et malheureusement, le panorama disparaît progressivement
Je me fais plaisir en dévalant la pente comme un fou par bonds et cabrioles esquivées je ne sais comment. Ma joie est immense mais je me dois d’attendre ma compagne au 2ème ravitaillement pendant 20 bonnes minutes. Inquiet de ne pas la voir arriver, je décide de remonter le tracé à sa rencontre. Je dois avouer que pour la 1ère fois, je commence à trouver le temps long. Cette pensée égoïste de ma part est vite chassée de mon esprit car je me dis qu’il pourrait tout aussi bien lui être arrivé un incident de parcours. Je reprends donc le chemin calmement et finis par retrouver Sue, laquelle a bien géré son effort. Nous nous ravitaillons copieusement car la chaleur a fait son apparition de manière très rapide. En accord avec Sue, nous poursuivons la même tactique, soit, je file à mon rythme et nous nous retrouvons plus bas. Le sentier devient à présent forestier avec de longs serpentins et une déclivité raisonnable. Facile et plaisant à courir. Je me laisse aller et file à toute allure en direction de la vallée. Je double les concurrents m’ayant doublé au ravitaillement avec la rage au ventre mais surtout un immense bonheur de me sentir si bien dans mes jambes. Après de longues minutes, J’atteins enfin la vallée et le dernier poste de ravitaillement.
Quelques virages plus bas et après avoir passé dans les 2 ruines d’un ancien castel, voici la vallée du Martell-Tal et l’assurance que c’en est terminé pour les montées. La pointe de l’église de Latsch, visible loin à la ronde promet une arrivée qui pourtant semble inatteignable. Le tracé se faufile à travers une allée interminable de pommiers mais mon GPS me prévient que l’arrivée est maintenant imminente. Emporté par ma fougue, J’en oublie l’essentiel : franchir la ligne d’arrivée…avec Sue!! Quel crétin je fais !! Me voilà lancé au sprint et franchissant cette ligne fatidique, seul comme un blaireau. Ma joie redescend très vite lorsque je constate mon erreur mais le mal est fait et je m’en veux. Je N’avais pas imaginé ce scénario. Je retourne illico sur mes pas à la rencontre de Sue. L’écart de 20 minutes N’a pas fondu et nous finissons par nous retrouver pour terminer ce périple.
La joie indescriptible prend le dessus et les larmes perlent sur les joues. L’accolade est méritée et l’incident vite oublié. Je pense que seuls celles et ceux ayant déjà vécu pareille aventure sont en mesure de comprendre les émotions qui vous parcourent à ce moment. Les derniers hectomètres effacent toute trace de douleurs, en tous cas pour un bref moment. On surfe littéralement en pleine euphorie, on se lâche franchement. La fête promet d’être belle vu la condition physique, d’autant plus que demain, ben on ne courra pas…Il s’agit à présent de nous retrouver tous autour de quelques bières et autres gâteries, refaire la course, partager nos émotions et se congratuler. Amplement mérité !
« Tout est dans la tête »
Cette idée m’avait déjà trotté dans la tête mais avait avorté suite au désistement inopiné de mon partenaire de 2005 pour cause de blessure. Lorsque J’avais abordé le sujet avec Sue, elle m’avait immédiatement fait part de sa volonté de venir courir avec moi. Sans coup férir ! Le but était dès lors fixé. Restait une inconnue de taille en ce qui concerne les différences de niveau entre Sue et le soussigné. De part son expérience en ski-alpinisme, alpinisme mais aussi sur de longues distances, je n’avais aucune crainte à nourrir. Restait encore à se préparer en conséquence. Nous avons pris part à certaines courses ultras et accumulé de précieux kilomètres, dénivelées et expériences diverses. La suite a été résumée dans ce récit et je dois ici tirer un énorme coup de chapeau à Sue pour sa volonté et son abnégation de chaque instant. De petites erreurs logistiques ont certes été commises (ravitaillement insuffisant, équipement incomplet, orientation) mais tout ceci fort heureusement sans conséquences dramatiques. En y repensant, ce fut un succès complet et indéniable. Défier son corps et son esprit, apprendre à connaître ses propres limites sans les dépasser pour autant. Vivre des moments d’une rare intensité, partager le goût de l’effort et la fantastique ambiance régnant au sein du peloton des participants. Avoir l’assurance d’une organisation bien rôdée et aux petits soins des coureurs. Partager les larmes de bonheur des participants sur la ligne d’arrivée et tout simplement le merveilleux sentiment de courir par de là les Alpes, même si pour des humains « normaux » ceci peut paraître inconcevable. Toutes ces raisons font que on aura toujours envie de revivre pareils moments, ceci est une certitude.
Les participants du GORE-TEX™ Transalpine-Run 2006 ont parcouru un total de 233,54 Km et avalé quelques 14.018m de dénivelées positives et négatives afin de relier Oberstdorf (D) à Latsch im Vinschgau (I). Le tracé à traversé l’Autriche et la Suisse. Cette épreuve hors du commun et par étapes s’adresse aux randonneurs ambitieux, Nordic Walker et aussi aux coureurs de marathon, de montagne et d’orientation confirmés, par équipes de 2.
Départ de Oberstdorf (D), Steeg (A), St. Anton (A), Ischgl (A), Scuol (CH), Mals (I), Schlanders (I), arrivée à Latsch (I)
Etapes comprenant jusqu‘à 2.417 m. de déniv. et 41,36 Km en distance horizontale. Un engagement total est donc de mise.
Parcours
Oberstdorf / D – Steeg / A im Lechtal.
Déniv: +1496 m; Distance: 31,9 Km, chrono Ø : env. 4h30
Steeg /A im Lechtal - St. Anton /A am Arlberg
Déniv: +1776 m; Distance: 30,2 km; chrono Ø: env. 5h
St. Anton /A am Arlberg - Ischgl /A im Paznauntal
Déniv: +2417 m; Distance: 34,8 km; chrono Ø: env. 6h
Ischgl /A im Paznauntal - Scuol /CH Basse Engadine
Déniv: +2234 m; Distance: 42,36 km; chrono Ø: env. 6h
Sprint en montée – Scuol – Muottas Naluns
Déniv: +947 m; Distance: 5,35 km; chrono Ø: env. 1h30
Scuol /CH Basse Engadine - Mals /I im Vinschgau
Déniv: +1357 m; Distance: 38,53 km; chrono Ø: env. 5h
Mals /I im Vinschgau - Schlanders /I im Vinschgau
Déniv: +2062 m; Distance: 32,6 km; chrono Ø: env. 5h
Schlanders /I im Vinschgau - Latsch /I im Vinschgau
Déniv: +1729 m; Distance: 23,8 km; chrono Ø: env. 4h
Déniv: +14.0684m. – 13.367m.
Longueur: 243,54 km
Chrono : 43h15
http://www.transalpine-run.com/index.htm
Coup de coeur…
En date du 2 et 3 août dernier s’est déroulée la 7ème édition de l’International Gondo-Event. Trail de 84 km proposant une dénivelée positive de quelques 3’900m et qui a vu le jour en 2001 suite aux tragiques évènements d’octobre 2000 et l’éboulement qui emporta 13 personnes dans le petit village frontalier de Gondo, situé non loin de Domodossola.
Il faut souligner la chaleur de l’accueil offert par les organisateurs. L’ambiance se veut familiale et le pari est réussi depuis 7 ans déjà. Preuve en est la fidélité de bon nombre de participants, présents à toutes les éditions. La remise des dossards a eu lieu le vendredi soir, précédent la traditionnelle pasta party durant laquelle la bienvenue est souhaitée aux participants, venus des 4 coins de Suisse mais aussi des pays voisins (Allemagne, Italie, France) et même le vin rouge est offert gracieusement par le comité d’organisation. Tout est donc mis en œuvre pour le bien être de chacun et la fête peut commencer.
Cette course se veut unique en son genre puisqu’elle se constitue de 2 marathons alpins avec pas moins de 3’900m de dénivelée positive et négative à avaler en 2 étapes.
Le tracé de la 1ère étape au départ de Gondo emprunte une partie de la route du Simplon en direction de Gabi, se faufilant brièvement dans les anciennes fortifications militaires de la gorge de Gondo. Une première montée costaude en direction de Simplon-Village attend les concurrents et concurrentes dès Gabi. La pente se veut ensuite régulière et une fois arrivé au ravitaillement de Simplon-Village, la vue s’ouvre sur le sommet enneigé du Fletschhorn. L’accueil réservé par les bénévoles, habitants et touristes de passage met du bonheur sur les visages déjà marqués par les efforts consentis au cours des 10 premiers kilomètres.
Un bref arrêt et nous voilà repartis en direction du col du Simplon par de bucoliques sentiers de montagne.
L’air est vivifiant et malgré l’altitude qui flirte avec les 2'000 m, chacun et chacune aura su apprécier les splendeurs de cette généreuse nature, qui plus est par beau temps.
Un second ravitaillement de choix est proposé au Col du Simplon, dernier arrêt avant l’impitoyable ascension du col du Bistinen, point culminant de cette 1ère étape (2'500 m.). Chacun y va de son rythme bien entendu, sachant que cette grimpette sera la dernière du jour avant la longue, très longue descente du Nanztal, menant à l’arrivée sise à Ried-Brig. Dernier écueil du jour, la traversée, unique en son genre, de la rivière Saltina située à 3 km du but. Plutôt inhabituel pour tout coureur, ce franchissement (sécurisé par les pompiers) rafraîchissant, est le bienvenu pour les jambes meurtries par les efforts consentis lors de l’interminable descente du Nanztal et par la chaleur règnant. Une dernière petite bosse et le 1er marathon sera avalé.
Les repas variés et très bien cuisinés sont pris en commun à la salle polyvalente et chacun a loisir de partager les émotions vécues en cette 1ère journée de course. La bonne ambiance règne au sein du peloton.
Après une bonne nuit de sommeil réparateur, il est temps de se préparer à affronter les 42 derniers km et leurs 2’000 m. de dénivelée, ramenant les coureurs à Gondo.
Les marcheurs ou coureurs désireux de participer uniquement sur une distance réduite ont la possibilité d’effectuer le Gondo-Running, resp. Gondo-Walking.
Les 10 premiers coureurs partent de manière échelonnée selon les résultats de la veille à 7h00. Le gros de la troupe partira à 7h30 et les participants au Gondo-Running (28km) et au Gondo-Walking (28km), prendront eux le départ à 08h00.
Le tracé emprunte cette fois le chemin historique de Stockalper jusqu’au col du Simplon, en passant par delà le viaduc de Ganter, la remontée sur Rothwald et la descente sur Taferna avant les ultimes lacets menant au col du Simplon. La descente en direction de Gabi emprunte le même tracé qu’à l’aller, via Simplon-Village. Unique différence, les participants du Gondo-Running et Gondo-Walking bifurquent dès Gabi, directement en direction de la gorge de Gondo. Le Gondo-Event quant à lui emprunte une dernière ascension en direction du Furggu (env. 500m. de déniv.) avant d’attaquer la descente à travers le sauvage Zwischbergental menant à Gondo.
Une fois encore, l’accueil réservé à l’ensemble des concurrents du double marathon (env. 110) est unique en son genre. Chacun se voit accueilli par un speaker enthousiaste et les félicitations d’un public connaisseur des efforts fournis et reconnaissant pour ces témoignages de solidarité apportés à la population locale. La fête est bon enfant et malgré la froideur de la douche (qui fait tout de même du bien avec la chaleur ambiante), tous garderont un excellent souvenir et des images plein les yeux de cette course de pure nature et à l’ambiance inégalée en Suisse.
Tout est mis en œuvre afin que les participants ne manquent de rien : richesse des ravitaillements, soins appropriés et nourriture de choix. Les membres du comité d’organisation, les bénévoles, les spectateurs, chacun a toujours une parole réconfortante pendant l’effort et il règne une ambiance familiale qui donne envie de revenir pour dire…merci !
Lors de la cérémonie de remise des prix, chaque participant est appelé et reçoit un diplôme de Finisher en couleur, fraîchement imprimé et plastifié (!!), un t-shirt souvenir et des prix en nature du terroir.
Je ne peux que recommander cette course à vous tous amis et amies de la course à pied en montagne et j’espère bien avoir le plaisir de vous y retrouver les 1er et 2 août 2009, Gondo n’étant pas si loin que ça après tout.
Pour de plus amples renseignements, visitez le site internet : www.gondoevent.ch
Ces lignes ont pour unique but de vous faire partager les innombrables émotions
vécues
durant ce périple hors du commun autour du toit de l’Europe.
Susciteront-elles de nouvelles vocations, vous feront-elles rêver ou même peur ? Certains
n’en croiront peut être pas leurs yeux à la lecture de ce récit et pourtant…un rapide coup
d’oeil au profil de la course vous en dira un
peu plus…
On y va ?
Préparation mentale et technique
Une course de ce type se prépare avant toute chose dans la tête et ceci bien avant le départ.
Je pense pouvoir dire que cette préparation « mentale » à pareil effort est une des clés, si ce
n’est pas LA clé de la réussite. Réussite qui, en ce qui me concerne, consiste à boucler la
boucle. Ni plus ni moins !
Il va de soi qu’à cette préparation mentale s’ajoute une préparation physique, tactique et
aussi matérielle, voire même logistique. Car avant même de songer à relever pareil défi, il
faut le vouloir de toutes ses forces. Pour cela, un esprit positif et résistant à toute épreuve
sera mon meilleur allié. En y ajoutant une excellente connaissance de mon potentiel, le
« Tour » (…) devrait être presque joué. Certes, même avec la meilleure des préparations et
en remplissant tous ces fameux critères, je ne suis pas à l’abri de la défaillance (beaucoup
en ont fait l’amère expérience). Il faut donc ajouter la forme ad hoc le jour J, sans pour autant
oublier un autre élément essentiel : la gestion de la course. Ici, mon principal adversaire et
peut-être le plus coriace de tous encore sera...moi-même !
Tous ces paramètres enregistrés, il ne me reste plus qu’à rejoindre gentiment les quelques
1'500 courageux, téméraires, inconscients et autres joyeux fondus dans l’aire de départ. Je
contemple les derniers rayons de soleil qui baignent généreusement ce magnifique massif
du Mont-Blanc qui nous guette depuis quelques temps déjà d’un oeil narquois.
L’ambiance est bon enfant et chacun y va de son couplet. On échange ici et là quelques
blagues et autres expériences de « trailer » comme si cela aidait en quelque sorte à
exorciser certaines craintes devant ce colossal pari à relever !
Je m’isole doucement dans un de mes refuges favoris : la musique. Cette musique
spécialement sélectionnée pour cette épreuve et qui devrait m’aider à digérer les efforts à
venir.
Go…
20h05. La pression est enfin libérée. Le départ vient d’être donné et je ressens enfin les
frissons habituels, typiques de ce style de course longue distance.
Dans la liesse, le peloton s’étire, encore groupé, à travers les rues de Chamonix et sous les
applaudissements d’un public venu nombreux et en connaisseur pour nous encourager.
La température est clémente et je profite encore quelques instants de la lumière du jour qui
me permet de contempler une ultime fois ce fameux cirque alpin que je ne reverrai que le
lendemain matin, du côté italien sûrement.
Le rythme est agréable, quoique déjà bien soutenu pour une course de cette envergure. Les
premiers kilomètres me servent d’échauffement et aussi de réglage afin de m’habituer au
matériel obligatoire que j’emporterai durant toute la course.
J’ai jeté mon dévolu sur un sac à dos de 10 litres qui peut contenir la réserve de musique (!!)
que j’ai emportée pour me tenir compagnie jusqu’à Courmayeur, mais aussi quelques barres
énergétiques, un sifflet, 2 lampes frontales, des piles de réserve et une couverture de survie.
A cela s’ajoutent 1,5 litre d’eau, un bonnet, des gants, et un coupe-vent pour la fraîcheur de
la nuit. Je me suis vêtu d’un collant, d’un sous-vêtement thermique et d’un tee-shirt à
manches longues dès le départ. La nuit tombant rapidement, cela m’évitera ainsi de devoir
me vêtir en cours de route.
Il faut encore y ajouter une paire de bâtons télescopiques et 1 paire de gants cyclistes.
Me voilà donc fin prêt.
Et un col…un !
La nuit tombée, la première difficulté approche après le passage aux Houches. Le col de
Voza nous tend ses bras avec ses quelques 700 mètres de dénivelée positive. Le rythme ne
faiblit pas et cela en devient inquiétant. Je décide donc de monter à mon rythme, faisant fi des
nombreux coureurs me dépassant. J’utilise mes bâtons pour toutes les portions les plus
raides et ces derniers s’avèrent d’une aide inestimable. Certains coureurs ayant décidé de
se passer de ces précieux alliés ont déjà le souffle court. Cette course sera avant tout un
véritable apprentissage personnel et avec le recul, je me dis que le choix (imposé) de
marcher dans toutes les ascensions aura été salutaire à plus d’un titre.
Si la montée de ce premier écueil s’est avérée plus ou moins difficile, la descente sur le
versant opposé le sera tout autant et c’est le moment de se demander si on se sent capable
d’aller au bout. En effet, un certain doute m’envahit curieusement et je me mets à compter et
calculer de manière inconsciente. Les minutes s’égrènent mais les kilomètres ne bougent
pas sur mon compteur. Un petit travail de motivation s’impose, histoire de ne pas connaître
cruelle désillusion après une vingtaine de kilomètres seulement.
J’opte donc pour une avance de points en points, ce qui devrait me permettre de mieux
accepter la suite et ainsi de comprendre comment gérer mon effort et la course.
La descente jusqu’aux Contamines est assez dure par secteurs et je calque mes pas et mon
allure sur le peloton. Un bref regard derrière moi et j’aperçois une longue guirlande qui se
dessine dans les contreforts de la montagne, illuminée à présent par une splendide pleine
lune. Génial et magique !
Enfin les Contamines et un ravitaillement en eau bienvenu. Déjà les premiers abandons
après 24 kilomètres. Pas le temps hélas de se soucier de ces malheureux camarades. Je me
restaure rapidement et j’effectue quelques étirements car mes jambes n’ont pas encore le
répondant espéré. Les sensations ne sont pas très bonnes mais je m’efforce de rester positif
malgré la distance et le dénivelé qu’il reste à parcourir.
Je n’y peux rien, ces pensées m’obsèdent et il va falloir les chasser au plus vite.
Sans m’affoler, je reprends ma route en direction de Notre-Dame-de-la-Gorge. La route est
agréable et elle permet de reprendre un certain rythme. Je m’efforce de rester à une allure
modérée en attendant la prochaine échéance : le Col du Bonhomme et sa terrible montée
(1400m en 9km).
Superbe ascension guidée par la pleine lune et toujours cette interminable guirlande qui
serpente à l’arrière.
Le refuge de Balme servira un thé chaud, du fromage et un bout de saucisson bienvenus et
réparateurs. Quel régal. Je retrouve de bonnes sensations et une sorte d’euphorie m’envahit.
La montée vers la Croix-du-Bonhomme est technique et sinueuse mais je me sens bien et
grâce au rythmes endiablés de mon baladeur, l’effort s’en voit quelque peu adoucit.
Ce deuxième col étant franchi, une grosse difficulté est désormais derrière et le parcours, si
bien mémorisé, prend forme. J’avance !
A peine le temps de se reposer qu’arrive la vertigineuse et périlleuse descente vers Les
Chapieux !
La pente est glissante à souhait et le style est le plus souvent dicté par les caprices du
terrain. Après quelques figures libres, je rejoins enfin ce nouveau poste de ravitaillement
complet, en accusant tout de même une certaine fatigue. Il est déjà 5 heures du matin !
30 minutes de pause ne seront pas un luxe. Je me refais une santé en ingurgitant une
excellente soupe aux pâtes et une…bière ! Une soudaine envie de dormir m’étreint et un bref
regard autour de moi me conforte en me disant que je ne suis pas le seul dans cet état de
somnolence. D’aucuns décideront ici bien malgré eux de mettre un terme à leur pèlerinage
alpin.
Heureusement que la perspective d’abandonner ne m’a pas effleuré et je me lance à l’assaut
du jour levant, direction le col de la Seigne et sa longue approche sans fin jusqu’au refuge
des Mottets.
La fatigue du moment aidant, je vais vivre ici un véritable calvaire, à l’instar de nombreux
coureurs.
Ce col me paraît interminable et je n’avance que par à-coups, ponctués par des pauses
assez longues. La dénivellation de ce col représente quelques 700 mètres répartis sur env. 5
kilomètres ! Après d’interminables minutes (heures en fait) j’atteins enfin le sommet et la
perspective réjouissante de basculer sur le versant italien.
De grosses difficultés ont déjà été franchies, cela redonne du baume au coeur. Mes jambes
ne me font pas mal malgré la difficulté rencontrée dans la montée précédente et j’attaque la
descente côté italien en me laissant bien aller, tout en me préservant des chocs que la pente
accentuée pourrait faire subir à mes quadriceps et autres muscles jambiers. J’en profite
aussi pour découvrir ce versant du Mont-Blanc qui brille de mille feux avec le lever du jour.
Solitaires, solidaires
Petit arrêt intermédiaire à un sympathique poste de ravitaillement et c’est reparti pour une
grimpette sur l’arête du Mont-Favre. Mon compagnon d’infortune, allemand, souffre de
dysenterie mais il tente tant bien que mal de suivre le tempo. Il abandonnera plus tard à
Courmayeur, la mort dans l’âme. Salut l’ami et à bientôt. Dommage car nous étions vraiment
en symbiose et nous rêvions déjà d’une arrivée main dans la main. Les aléas de ce genre
d’épreuve auront hélas eu raison de sa volonté.
Le coup d’oeil sur les Grandes Jorasses est impressionnant et vaut à lui seul le déplacement.
Je croise ici et là quelques marcheurs qui doivent se poser des questions en me voyant
déambuler avec mon caribou sur le chapeau et la musique à plein tube. Bientôt la descente
sur Courmayeur et mes jambes qui tricotent toujours encore à merveille. Super !
Ciao Italia…
Point important de la course, après 16h30 d’efforts et environ 4'000 mètres de dénivelée
avalés en ascension et presque autant en descente, Courmayeur me permet de jouir d’une
douche réparatrice et d’opérer un changement de tenue bienvenu. Seul point négatif s’il en
est ; je n’ai pas pu me restaurer comme rêvé.
Une assiette de pâtes m’aurait été salutaire mais j’ai dû y renoncer. Il y avait tant de
coureurs ayant abandonné ou dont le but initial était de rallier Courmayeur.
Désireux de ne point m’attarder outre mesure, je quitte donc précipitamment les lieux en
avalant 2 grandes rasades de coca pour solde de tout compte.
Pas franchement idéal avant de me lancer sur la suite du parcours et avec la chaleur qui a
fait son apparition. Mais voilà, je n’ai pas eu le choix.
En chemin pour rallier le refuge Bertone, je me surprends à un état de relative fraîcheur
malgré la chaleur ambiante. J’arrive même à plaisanter avec d’autres coureurs et aussi avec
des marcheurs qui se rient de mon accoutrement tout en nous encourageant. Bref, c’est la
bonne humeur au sein du groupe et chacun s’efforce de gravir cette portion du mieux qu’il
peut.
Tant de coureurs ayant déjà abandonné ou préféré arrêter à Courmayeur, je n’en reste pas moins motivé à aller le plus loin possible. La défaillance guette, j’en suis conscient malgré
l’euphorie du moment.
30 minutes de pause bienvenues au Refuge Bertone qui nous réserve un accueil digne du
nom avec une excellente soupe aux vermicelles et du coca à profusion. Dieu que la montée
fut longue pour franchir ces 3 kilomètres et ces 800 nouveaux mètres de dénivelée
supplémentaire ! Incroyable.
Prochaine étape : Direction Val Ferret. Une portion agréable qui permet même de courir
(oui, oui). Certes à une vitesse raisonnable au vu des heures déjà passées sur le parcours,
mais cela fait du bien de savoir que je peux encore tricoter avec mes gambettes. Chaque
pause doit justement servir à se régénérer et à faire le point sur son état de santé, même si
cela peut paraître long. Il est donc inutile de me stresser, il suffit de se rappeler que le but
final est de terminer.
Au fil du parcours, une certaine sélection se fait naturellement et inévitablement. Pour le moment, je tiens le coup et je ne me pose pas trop de questions. Je jouis du paysage proposé et m’évade en musique. J’en profite aussi pour échanger quelques mots avec des camarades du petit groupe qui s’est formé depuis quelques kilomètres déjà et je dois dire que l’ambiance est
excellente. Nous nous entraînons mutuellement et nous nous efforçons de rester groupés.
Certains se blesseront, d’autres essaieront d’aller au bout d’eux-mêmes malgré la douleur
d’une tendinite ou d’ennuis gastriques voire d’un soudain coup de bambou imprévisible et parfois irrémédiable. Unis dans l’effort, on en devient que plus humble.
Splendide aspect de l’être humain s’il en est.
On atteint le refuge Elena après une courte mais coriace montée. Une fois encore, l’accueil
sera extraordinaire et le ravitaillement récupérateur avant la courte mais non moins difficile
montée sur le Grand Col Ferret, point culminant de l’épreuve.
Chacun revêt une tenue de circonstance avant la tombée de la nuit. Les 600 mètres de dénivelée proposés sur les 2 prochains kilomètres augurent d’une montée lente mais aussi fraîche avec la nuit venant. Le coup d’oeil sur les glaciers alentour est merveilleux mais il sera aussi le dernier sur le versant italien. Arrivederci !
Je franchis finalement le Grand Col Ferret et après un bref coup d’oeil sur le massif du
Grand-Combin, je bascule à présent en territoire Suisse, direction La Fouly.
Rapide descente et bref ravitaillement à l’alpage de la Peule avant de poursuivre vers la Fouly que j’atteindrai à 21h30 seulement.
Le ravitaillement de La Fouly est copieux : bouillon, thé et fromage et toujours un grand verre
de coca. J’en profite pour faire quelques étirements car la rapide descente a laissé quelques
traces et la perspective de la prochaine montée sur Champex m’oblige à une certaine prudence.
A nouveau certains coureurs voient leurs forces les abandonner et ils déposent ici leurs
armes et bagages ainsi que leur dernier espoir de rallier Chamonix.
Je repars en compagnie de deux amis français, spécialistes du genre, et nous nous
entraînons mutuellement en échangeant nos expériences, le tout dans une sorte de
« délire » momentané, peut être causé par la fatigue de plus en plus insistante.
Le temps passe ainsi plus vite en quelque sorte, seuls les kilomètres semblent interminables.
Arrive enfin la grimpée sur Champex et ses 400 mètres de dénivelée sur 4 kilomètres. Cette
dernière sera effectuée au pas de charge grâce à mes deux amis français qui, je dois
l’avouer m’ont bien aidé sur cette portion. Quelle montée mes aïeux ! Malgré les efforts
consentis, je me sens curieusement serein.
Bref, je me rends compte que je distance régulièrement mes amis et je finis même par les
perdre de vue. Mon rythme est à présent dicté par cette douce euphorie qu’il me faut
contrôler au plus vite. Il n’en est rien et je bascule à présent sur Champex-d’en-Bas (km 117)
et le ravitaillement tant attendu.
Déjà 31h30 de course et mes jambes sont toujours là…
Rapide douche et changement de tenue (chaussures y compris). Mes pieds sont endoloris
sans pour autant constater la moindre trace de cloque ou d’échauffement. J’aimerais tant consulter un podologue mais les candidats sont trop nombreux. J’y renonce et je jette mon dévolu sur un plat de pâtes et sur 2 bières bien fraîches. Quel bonheur !
La digestion se fait sentir et avec elle, un sommeil de plomb. Je m’octroie un bref somme de
30 minutes à table.
L’envie d’abandonner ou plutôt de m’arrêter ici est très forte.
Un des amis français rencontrés à La Fouly réussit à me motiver pour repartir. Je crois que
sans lui, j’aurais mis ici un terme définitif à ce tour.
Suivant les conseils de mon ami, je repars à l’assaut des prochaines portions que je sais
difficiles au possible.
Avancer, avancer...toujours avancer
La reprise de la course s’avère laborieuse sur les premiers hectomètres et j’essaie de rester
lucide et de gérer au mieux ma foulée sur les portions plates.
Elles seront de courte durée car déjà pointe la périlleuse montée sur l’alpage de Bovine (600
mètres sur une distance de 4.5 kilomètres !) et son parcours digne du Camel Trophy ! Quel
grand moment.
Sachant que je ne suis de loin pas un chamois, je relativise et me concentre sur mes pieds (eh oui) qui se font de plus en plus « fripés » tout en m’efforçant d’oublier que ça monte aussi raide que ça. Alpage de Bovine et bref ravito avant de descendre sur le col de la Forclaz et sur Trient. Certains tronçons de la descente sur Trient sont négociés avec prudence et 1 ou 2 figures d’équilibriste me rappellent à l’ordre de temps à autre.
Arrivé à Trient, je profite de ce moment pour me ravitailler de façon conséquente. Un
podologue prend soin de mes pieds meurtris par le frottement et je le remercie chaleureusement. Le moral regonflé à bloc, je repars vers la prochaine difficulté.
La montée des Tseppes (700m en 3km !), impitoyable, va s’avérer moins pénible que prévue
à ce moment de la course.
Est-ce dû à la perspective d’une arrivée toujours plus proche ? Il reste néanmoins 23
kilomètres et quelques 1'300 mètres de dénivelée positive.
Une fois de plus, je me sens en état de grâce, même si je n’avance pas forcément très vite.
L’ascension se passe dans de bonnes conditions et je me retrouve seul avec moi-même et
mes pensées vers ceux que j’aime et qui sans le savoir, m’apportent un soutien inestimable.
Arrivé enfin à l’alpage des Tseppes, je salue les bénévoles présents. Leur gentilles paroles, le bouillon réparateur ainsi que le fromage local me redonnent les forces nécessaires pour rallier la
ligne d’arrivée. Cela ne fait dorénavant plus aucun doute, la boucle sera bouclée !
Sachant la majorité des difficultés derrière moi, je peux maintenant laisser libre cours à la
folle descente sur Vallorcine et sentant que je peux terminer sans leur aide, je prête mes
bâtons à un concurrent italien souffrant mille maux dans cette descente sur Vallorcine qui devient un vrai régal. Le fait de dépasser plus d’une quinzaine de coureurs ne fait qu’augmenter ma motivation à en terminer au plus vite avec ce satané tour.
Ça sent l’écurie et le cheval accélère. Mais gare au retour de manivelle…
Chamonix, me voilàààà…
Vallorcine pointe déjà à l’horizon. Rapide passage au poste de contrôle, ravitaillement éclair
et je repars de plus belle en direction du col des Montets qui ne représente pas une difficulté
particulière au vu de ce qui a été subi auparavant.
Je bascule à présent à Tré-le-Champ et en direction du fameux Sentiers des Gardes.
Que n’ai-je pas lu sur ce fameux dernier tronçon menant à Chamonix par un balcon très
technique et sans fin. Le profil de la course semble pourtant anodin mais….
Il s’agit de réunir à présent mes meilleures forces et de rester vigilant car tout peut encore
arriver. La course n’est pas encore finie, ne l’oublions pas!
Dernier ravito et je me lance à toute bombe sur ce sentier, sans trop d’appréhension car je
me sens moralement très fort.
Les premiers kilomètres sont relativement faciles et je commence à me demander si on n’en
a pas fait une « montagne ». Toujours est-il que je parviens encore à devancer quelques
concurrents qui commencent vraiment à peiner.
Tout à coup, la pente s’accentue et le sentier devient plus technique avec ses racines et
autres cailloux. La chaleur aidant, je m’hydrate régulièrement et n’écoutant que mon coeur, je
me dirige, comme hypnotisé, vers la ligne d’arrivée que je sais toute proche et pourtant encore
si lointaine.
Descente, montée, descente, remontée ! Ca n’en finit pas et le moral commence à être
sérieusement entamé malgré tout ! Je croise tout à coup un concurrent ayant dû arrêter à
Courmayeur et avec qui j’avais fait un bout de chemin. Quelle joie ! La civilisation est toute
proche. Il me signale le prochain ravito se situant à 4 kilomètres de l’arrivée et augurant de la
dernière descente. Enfin!!!
Mes nerfs commencent lentement à lâcher. Les premières larmes de bonheur noient mes
yeux et l’émotion ressentie est indescriptible devant la prise de conscience de l’effort fourni
et surtout de « l’exploit » personnel en passe d’être réalisé.
Bref arrêt au dernier ravito de La Floria. Je remercie comme à chaque fois chaleureusement
les bénévoles présents pour leur disponibilité et leurs gentilles paroles de soutien.
Merci de tout coeur à toutes et à tous ! Sans vous, rien de tout cela n’aurait été possible.
Je me lance à présent dans l’ultime descente vers Chamonix en compagnie de cet ami d’un
jour et nous discutons de tout et de rien….comme si la course ne faisait que débuter ! Je
croise encore quelques coureurs ayant dû arrêter ici ou là et venus à la rencontre des finishers. Leurs encouragements me donnent encore plus de force. Mes yeux sont noyés dans les larmes d’un bonheur indescriptible et non retenu. Je vole littéralement et je m’approche du dernier kilomètre lorsque mon ami me tape sur l’épaule pour me lâcher : «c’est ton moment de bonheur, il est à toi, vas-y ! ». Je ne peux retenir ma joie et l’accolade se fait naturellement. Merci l’ami et rendez-vous en 2005 ?
L’extase...enfin !
Je pénètre à présent seul dans la ville, musique en tête et caribou sur le chef, et là, l’accueil
qui m’est réservé par le public présent restera sans doute gravé pour toujours dans ma
mémoire. Ce moment est le plus intense vécu jusqu’à ce jour à tous points de vue !
Autant de monde pour féliciter des coureurs après 40 heures de course, ce n’est pas banal
et cela fait chaud au coeur.
Je savoure intérieurement ces moments de liesse et de bonheur tout en me concentrant sur
l’émotion que je ne peux contenir. Fabuleux !
A peine après avoir franchi la ligne d’arrivée, je reçois l’accolade du Directeur de course et je
le remercie chaleureusement pour l’organisation sans faille de cette épreuve d’une
dimension extra-terrestre mais au caractère humain. Je crois que je ne réalise pas
encore…du reste, ai-je réalisé ?
Je suis resté de longs moments dans l’aire d’arrivée pour célébrer chaque « Finisher ». A
chaque arrivée, la même émotion m’envahit le coeur et je n’ai pu empêcher les larmes de
couler à flots.
Remerciements
Pour toutes ces émotions, je tiens à remercier ici ma maman, mon frère et
son épouse, les organisateurs de l’UTMB, les innombrables et merveilleux bénévoles pour leur
précieuse assistance et leur bonne humeur de chaque instant, leur dévouement et gentilles paroles de réconfort et mon club, le Footing Club de Lausanne.
Merci aussi à toutes celles et ceux, bien trop nombreux à citer, à qui j’ai pensé durant l’effort… mais ils/elles se reconnaîtront.
Je vous dédie cette course.
Cette course est également dédiée à un coureur, décédé peu après d’un tragique accident
de montagne. A toi Xavier, de tout coeur.
L’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2004 en quelques chiffres
1'450 coureurs au départ sur 1’502 inscrits
420 arrivants à Chamonix (29%)
260 arrêts avant Courmayeur (18%)
960 arrêts à Courmayeur ou avant (66%)
324 arrêts entre Courmayeur et Trient (22% du total et 44% des rescapés de Courmayeur)
123 concurrentes féminines
29 nationalités
1er homme : Vincent Delebarre (FRA) : 21h06min.
1ère femme : Colette Borcard (SUI) : 26h06min.
Longueur du parcours : 155km
Dénivelé positif : 8’500m
10 cols à plus de 2’000m d’altitude
Point culminant de la course : Grand Col Ferret 2’537m
Temps limite : 44 heures
30 points de contrôle et de sécurité
5'000 balises
15 postes de ravitaillement
4 bases d’accueil
10'000 Litres d’eau
5'000 Litres de Coca
10'000 barres énergétiques
1'000 oranges
1'500 bananes
450 kg d’abricots secs
250 kg de raisins secs
200 plaques de chocolat
250 kg de pâtes
70 kg de café
2'500 sachets de soupe
http://www.ultratrailmb.com/accueil.php
PTL 2009: ''Ah Léon s’lest refaite …''
31.08.09
Auteur: JiPi Runningman Lüthi
Ultra Trail du Montblanc, La Petite Trotte à Léon (PTL) 2009
Rappel : la PTL ? Késako ?
Entre ultra-trail et ultra-randonnée, la "Petite Trotte à Léon" est une épreuve sportive par équipe " indissociable " de 3 personnes qui consiste à réaliser un grand tour du Mont-Blanc d'environ 250 km pour environ 18 000 mètres de dénivelé positif. L’exploit sportif et humain est remarquable : 250 km c’est Paris – Bruxelles, c’est aussi la distance de six marathons à la suite. Le dénivelé positif représente quatre fois l’ascension de l’Everest depuis le camp de base. Et ceci en moins de 100 heures (temps imposé par l’organisation)!
Ce parcours non balisé, tracé sur une carte remise à chaque équipe, évoluera dans les trois grands pays alpin: France, Italie, Suisse.
Souvent à plus de 2500 mètres d’altitude elle empruntera des cols mythiques (col du Bonhomme (2329m), col des Fours (2756m), col de la Seigne (2747m), col du Brévent (2525m), des sommets réputés (Haut Pas (2859m), Tête de Licony (2916m), le Cheval Blanc (2830m), le Buet (3096m), avec une extension vers le Grand St Bernard (3237m) et le Barrage d’Emosson (2205m). Un parcours 100% montagne et nature avec moins de 5km de routes goudronnées.
Cette " ultra randonnée ", réservée aux coureurs confirmés (au moins deux équipiers doivent avoir fini l’épreuve UTMB) se déroule en autonomie complète avec un accès aux quelques refuges situés sur le parcours, pour se ravitailler et prendre un moment de repos. Toute assistance personnelle est interdite, en quelque point du parcours que ce soit.
Les sentiers empruntés sont souvent difficiles et peuvent présenter des dangers objectifs (pentes très raides, risque de chutes de pierres, sentiers très étroits, traversée d’éboulis, risque de s’égarer sur des sentiers peu visibles…).En cas de mauvaises conditions météorologiques, à plus de 2500m, les conditions peuvent être extrêmement difficiles. Un équipement obligatoire comprenant notamment une tente de bivouac et une trousse de secours ainsi qu’un équipement personnel permettant de faire face aux conditions rencontrées est imposé et contrôlé par l’organisation.
Des barrières horaires seront définies et communiquées dans le road-book. Ces barrières horaires seront calculées afin d’arrêter les équipes trop lentes pour pouvoir accomplir l’intégralité du parcours dans le temps imparti.
Le salaire de la peur...
„Il y aura eu des survivants …“. C’est avec ces paroles, qui en disent aussi long que la distance parcourue par les vaillantes équipes qui ont terminé, que le directeur de course PTL, Jean-Claude Marmier, salua en ce dimanche après-midi les « survivants » lors de l’ultime cérémonie de remise des prix de cette édition UTMB 2009 qui sera en même temps de clôture à Chamonix.
Avec une distance horizontale d‘environ 240 km et un dénivelé vertical d‘environ 17.500 m (+/-), la dernière, la plus difficile et plus longue des compétitions dans le cadre de l‘UTMB arriva à son terme après un peu plus de 114 heures. Après avoir pris part à la 1ère édition de 2008 et terminé avec le sourire et aussi grâce à l’aide de mes camarades Pat et Zems, nous avons donc décidé de remettre le couvert et de relever à nouveau ce défi, qui plus est maintenant que la distance et les difficultés avaient augmenté. Etant joueurs dans l’âme et surtout de grands gamins, nous avons donc tout naturellement accepté l’offrande, non sans nous être préparés en conséquence en effectuant ni plus ni moins que la „Grande Traversée des Alpes“ au cours du mois de juillet, reliant en un peu plus de 15 jours, les rives du Léman (St. Gingolph) à la Méditerrannée (Menton). Périple alpin via le fameux GR5, pour une distance de 550km et quelques +/- 32’000m de dénivelée positive et autant en négatif. Cet échauffement devrait nous permettre d’affronter sans aucune crainte l’ogre PTL 2009 annoncé.
55 équipes de 3 se sont donc présentées le mardi 25.08.2009 sur le coup des 22h00 sur la désormais célèbre Place du Triangle de l’Amitié à Chamonix en vue d’entamer la toute grande boucle autour du plus célèbre capuchon alpin. Comme en 2008, le principe des patrouilles est simple: patrouilles indissociables du départ à l’arrivée. Ce pour des raisons de sécurité d’une part mais aussi pour renforcer l’esprit de corps. La sécurité reste un maître mot vu les dangers évidents que peut représenter la haute montagne et la majorité des tracés situés en moyenne à plus de 2’500m. d’altitude. Outre un équipement personnel obligatoire assez conséquent, les équipes doivent emporter une tente pouvant être rapidement montée et pouvant abriter les 3 coéquipiers en cas de dégradation subite des conditions météorologiques. Vous l’aurez deviné, les sacs à dos PTL arrivent rapidement à un poids moyen oscillant entre 8 et 12 kg. Pas grand-chose à voir avec la quête de l’ultra léger chère aux participants des diverses autres courses proposées sur l‘UTMB.
Adoptant l’adage qui veut qu’on ne change pas une équipe qui « gagne », l’équipe qui avait réussi à terminer l’édition 2008 malgré des conditions spéciales au vu des petits ennuis de santé rencontrés par Zems s’est donc remise en selle, forte de l’expérience acquise lors de l’exercice 2008.
La remise des dossards, de la balise Argos permettant de nous suivre en direct ou presque, le dépôt des sacs d’allègement avec des vêtements de rechange que nous retrouverons du côté italien, à Morgex (km 96), le briefing d’avant course et la Pasta-Party se sont enchaînés et le mardi a donc passé à la vitesse grand V. Tant et si bien que l’heure du départ va bientôt sonner. Un dernier petit semblant de somme et nous voilà déjà dans le portillon de départ sur le coup des 21h30.
Ah Léon y retourne....
L’atmosphère est unique. Un mélange de musique de Vangelis comme fond sonore, les regards tout de même emplis d’une sorte d’appréhension, de respect devant le morceau à avaler, un semblant de bonhommie et de décontraction mélangés font que même les plus aguerris se sentent parcourus d’une sorte de frisson indescriptible. Les encouragements guerriers du directeur de course et le nombreux public accouru pour nous encourager y sont aussi pour quelque chose. Une dernière accolade avec mes camarades, histoire de sceller ce lien indéfectible et la meute est lâchée. C’est parti mes amis! Plus qu’un tour!
James prend à nouveau un départ très (trop) rapide en talonnant littéralement la voiture de police qui nous ouvre la route à travers Chamonix. Nous peinons à le rattraper avec Pat et craignons surtout un remake de l’édition 2008 qui nous avait rendu la tâche encore plus difficile, comme si besoin en était. Après quelques rappels à la sagesse et une fois le public étant devenu plus clairsemé, le rythme se calme enfin et nous abordons déjà les sous-bois menant aux „ Gaillands“ à la sortie de Chamonix. Le tracé initial de cette édition emprunte l’itinéraire de l’UTMB et ne représente donc pas de difficultés particulières jusqu’aux Houches. Nous attaquons à présent la coriace montée sur le Col de Voza puis la descente en direction des Contamines. Comme redouté et pile à l’heure, soit 50 minutes après le départ, les prévisions de nos amis de meteociel.fr annonçant les précipitations, s’avèrent particulièrement exactes. Il pleut d’abord gentiment puis de plus en plus fort. Le tout accompagné d’éclairs zébrant le ciel et de coups de tonnerre assez monstrueux. La pluie s’intensifie dans la montée sur Voza et cela va durer un peu plus de 3 heures.
Cool….tout baigne !
Nous ne nous laissons pas démonter pour autant et poursuivons notre chemin à la lueur de nos frontales et dans la bonne humeur malgré tout. Nous atteignons rapidement Les Contamines (km 25) et la pluie a maintenant cessé. De bonne augure avant la longue et difficile montée sur le Refuge de Balme puis les Lacs Jovet et le Col d´Enclave (2.667 m). Le Col d´Enclave est un véritable mur de schiste glissant au travers duquel nous devons deviner un semblant de sentier. Qui plus est, il fait encore nuit. La pente est sévère et il nous faut nous méfier des chutes de pierres possibles, pouvant être provoquées par inadvertance par les concurrents nous précédant. On le savait déjà mais il vaut la peine de se le répéter, c’est pas roulant du tout du tout. Bref, sans vouloir se moquer, rien à voir avec l’UTMB ou toute autre course !
Col d'Enclave
Le jour pointe le bout de son nez alors que nous atteignons le sommet de cette 1ère grosse difficulté. Les nuages ont cédé la place au soleil et un petit coup de fatigue s’est insinué dans nos yeux. Nous entamons à présent le sentier escarpé menant de la Grande Ecaille au Refuge Robert Blanc (2.760 m), lequel est littéralement vissé aux flancs de la montagne et uniquement visible après une montée aussi courte qu’interminable dans de gros blocs. Nous avons « déjà » avalé 41 km et décidons de nous octroyer une pause bienvenue afin de nous restaurer et de nous reposer la moindre. Vu l’état de fatigue naissant, nous optons de concert pour un arrêt de 1h45 que nous mettrons à profit pour dormir en dortoir. Décision qui va s’avérer très sage et surtout qui nous permettra de repartir dans de bonnes conditions physiques.
Nous repartons donc de bon pied sur le sentier en devers et en terrain glaciaire nous menant à présent au Col de la Seigne. Il s’agit tout de même d’avoir le pied alpin car certains passages sont plus ou moins scabreux. Le risque de chute ou de vilaine blessure reste concret. Des chaînes et câbles tendus nous permettent de franchir certaines rimayes en terrain ardoiseux pour rejoindre le Col de la Seigne et l’Italie toute proche. 10km sont ainsi parcourus en presque 3 heures !
Nous filons dès lors sur le Col des Chavannes, le Col de Pointe Rousse et ensuite sur le Col de Bassa Serra. Les divers sentiers parcourus proposent des variantes plus ou moins techniques. Tantôt le sentier se veut pédestre, difficile, sans réelle trace, fait de tronçons d’escalade ou encore par dessus d’immenses blocs , gravas et éboulis à l’approche du Petit-St.-Bernard (km 62).
Ce dernier représente la particularité d’être un poste de contrôle et de passage obligatoire, mais aussi un des rares postes de ravitaillement à proprement parler. Le Col offre aussi la possibilité pour ceux qui le désirent, de se ravitailler chaudement et copieusement au Ristorante Piccolo San Bernardo. Des lits de camp sont montés sous une tente à proximité mais nous n’en ferons pas usage, préférant poursuivre notre périple conformément à notre tableau de course, savamment concocté par notre grand maître Escalator, Pat himself ! Nous sommes bien dans la cible et selon nos prévisions, nous devrions atteindre le Refuge Deffeyes (km 80) sur le coup des 22h ou 23h. Après avoir ingurgité une bonne assiette de pâtes et une bonne bière au Restaurant local, nous repartons donc de bon pied pour 17 km et environ 1’200m de montées supplémentaires.
Nous tablons sur 4 à 5 heures d’efforts car outre les premiers hectomètres parcourus sur les pistes de ski, nous devrons encore surmonter le Col de la Louie Blanche (2.591 m) puis la descente sur les cascades du Rutor et enfin la remontée sur le Refuge Deffeyes.
Le terrain ne représente aucune difficulté particulière et nous parvenons assez rapidement au Col de la Traversette puis au pied des contreforts du Col de la Louie Blanche (2.591 m). La montée se fait à un rythme soutenu malgré la verticalité du sentier (+400m sur 1km) !.
Parvenus au sommet, nous nous restaurons brièvement et entamons la difficile descente sur de gros blocs de rocs en direction du Lac Bellecombe avant de retrouver ce qu’il convient d’appeler un sentier digne de ce nom et plus roulant. On devine encore avec le soleil couchant, le glacier de Planaval, le glacier du Rutor et ses cascades qui se fracassent dans un vacarme assourdissant au fond de cette combe. Chouette, le refuge ne doit plus être très loin me laissé-je penser. Grave erreur et preuve que la fatigue s’est doucement installée car nous commençons par redescendre sur 300m afin de retrouver le sentier qui doit nous mener au fameux Graal, le Refuge Deffeyes (2.494 m).
La nuit s‘est installée et nous sommes toujours en progression dans cette pente qui semble interminable. Il est 22h00 et comme prévu, nous sommes arrivés au refuge tant espéré, précédés par James qui nous a faussé compagnie dans cet ultime montée de la journée. Une bonne bière, un excellent repas (soupe de légumes et pâtes) accompagné d’un petit verre de vin rouge et hop, au lit.Il est 23h30, la nuit et le sommeil seront réparateurs à plus d’un titre après 24 heures de randonnée, ce malgré les concours de pets et ronflements, exercices dans lesquels certains tirent particulièrement leur épingles du jeu. Nous avons avalé quelques 80km et environ 4’800m de dénivellation positive et autant en négatif ! Le réveil et le p’tit déjeuner sont agendés pour les 4h30 du matin. Le départ est fixé à 5h30 au plus tard, histoire de profiter du jour levant et de la fraîcheur ambiante car les prévisions nous annoncent un soleil radieux et donc, une sorte de cagnard pour la plus grande partie de la journée et les quelques 38km nous séparant du Refuge Bonatti.
Il est 5h30 et nous nous mettons en route en direction du Passo Alto (2.869 m). Il s’agit d’abord d’une sévère montée à travers un pierrier impressionnant et lugubre puis d’une non moins technique descente sur d’immenses blocs de pierres sur lesquelles il faut se guider au moyen des rares traces visibles.
Nous ne progressons pas très vite, même plus lentement qu’en montée, c’est peu dire de la difficulté du terrain mais nous avançons tout de même correctement à présent sur ce versant de la Vallée d’Aoste. Passé cet écueil, il nous reste environ 10km pour atteindre Morgex, sur une pente moyenne de 14,5 % afin d’atteindre l’altitude de 884 m. Nos genoux et cuisses nous communiquent leur satisfaction à chaque pas.
Morgex et sa salle de sport nous attendent avec nos sacs d‘allègement. Il est 10h30 du matin et la température ambiante est déjà très élevée. Vite sous la douche bienvenue après 36h de sueurs diverses puis au repas. Nous nous ravitaillons en conséquence car le prochain tronçon sera tout autre qu’une partie de plaisir, qui plus est avec cette chaleur.
Les sensations sont excellentes (si j’ose dire) et après avoir rechaussé nos outils de travail que sont notre sac à dos, nos habits tous frais et nos chaussures de
sport aux effluves animales, nous reprenons notre périple alpin en direction du Rifugio Luigi Pascal, sis sur la Tête de Licony. Il est presque midi. Pour vous permettre de vous faire une idée de
la suite de notre parcours, celui ou celle qui a déjà pris le départ de l’UTMB ou de la CCC de Courmayeur et qui connait la montée en direction du Rifugio Bertone, peut aisément imaginer ce que
j’entends par montée sévère. La seule différence réside dans le fait que celle-ci s’arrête dès lors après 800m de montée pour les premiers cités. En ce qui nous concerne, ce sont ni plus ni moins
que 2’000m de montée en plein soleil qui nous attendent maintenant sur un peu moins de 10km!
Nous rassemblons donc nos meilleurs esprits et progressons à vitesse régulière dans les contreforts de cette pente jusqu’à atteindre la crête menant tout droit au minuscule Refuge Luigi Pascal et la Tête de Licony (2.914 m). Rapide coup d’œil alentour pour apprécier le panorama offert sur le massif du Mt.-Blanc versant italien mais aussi sur celui du Gran Paradiso. Somptueux ! Le vent souffle assez violemment et nous nous remettons rapidement en route dans la vertigineuse descente en direction du lac Licony puis la plongée technique dans le Val Sapin. 900m de dénivelée assez raide avant de remonter 500m pour atteindre le Col Sapin. La chaleur aidant, nos réserves d’eau s’amenuisent rapidement. Un torrent bienvenu nous permettra de refaire le plein avant la remontée sur ledit Col Sapin. Une pastille de Micropur afin de stériliser et purifier le précieux liquide, un peu de patience et le tour est joué. Nous sommes à présent au lieu-dit Pas d’Entre-deux-Sauts, que nous avions déjà franchi en 2008 alors que le tracé nous emmenait au Col de Malatra. Il fait encore jour et il nous reste environ 8 km avant le prochain arrêt pour la nuit, prévu au Rifugio Bonatti. James nous a à nouveau précédés de quelques minutes et en a profité pour nous commander cette fameuse bière qui va étancher notre puissante soif. Bref contrôle de la bécane, tout va bien, pas de cloques, pas de blessures, juste une forte odeur de sueur nauséabonde et un peu beaucoup de fatigue tout de même. Nous faisons le bilan du jour et remarquons que tout se déroule de manière optimale. L’accueil est très hospitalier, nous connaissions déjà les lieux pour y avoir dormi lors de la PTL 2008 mais aussi dans le cadre de l’UTMB. Une bonne douche, un excellent souper et quelques bières plus tard, nous voilà plongés dans un profond sommeil que rien ni personne ne viendra troubler jusque vers 3h du matin. Petit déjeuner copieux avant de repartir de bon pied sur le coup des 4h du matin à la lueur de nos frontales en direction d’Arnuva (1’737m) en empruntant à nouveau une partie du tracé (déjà balisé) de l’UTMB et de la CCC.
Notre allure est élevée et nous courrons à présent comme si la course venait de débuter. Nous empruntons le début de la montée du Grand Col Ferret puis bifurquons pour nous retrouver dans une sente herbeuse puis dans un pierrier sans fin assez pentue pour rejoindre le Col du Ban Darray (2.695 m). Il est 6h30 du matin. Nouveau franchissement de frontière pour nous retrouver en terre Helvète. Il n’est pas forcément évident de nous situer dans ce vallon long et sauvage car le chemin n’existe pas vraiment. Le torrent à notre droite nous servira de main courante jusqu’à l’altitude de 1.955 m et le passage vers le lieu-dit « Les Ars ». Passage déjà emprunté lors de reconnaissances et randonnées. Nous repérons aisément la difficile montée sur le Col du Névé de la Rousse (2.752 m).
Nous avions déjà emprunté ce col lors de la PTL 2008 mais en venant du Col du Grd. St.-Bernard cette fois. Même si le franchissement du Col de l’Arpalle avait pu sembler technique en 2008, la perspective de cette verticale à avaler cette année ne me semblait guère plus enchanteresse. Mais à quoi bon me lamenter, allons-y gaiement et ça ira bien. Nous parvenons à nos fins à force de ténacité et nous octroyons un bref ravito au sommet. Place maintenant à la descente dans la magnifique et sauvage Combe de l’A en direction du refuge de la La Tsisette. Refuge également partenaire lors de l’édition précédente et que nous ne verrons malheureusement pas cette année. Quid des vaches de combat mais aussi et surtout de la bonne bière et du saucisson tant rêvés à cette heure avancée.
Le tracé 2009 nous expédie cette fois plus à l’ouest sur le Collet de Revedin (2.510 m) par delà des pâturages fleuris et dans lesquels les vaches semblent se demander qui sont ces curieux bipèdes avec leur allure dégingandée et leur drôle d’harnachement, tentant de rallier le bourg du Prayon dans le Val Ferret Suisse. Après une montée sans difficultés, je me rappelle au bon souvenir du briefing et du roadbook, lesquels nous ont mis en garde devant la difficulté du sentier redescendant précisément sur Le Prayon au départ du Collet de Revedin. Le sentier est alpin, aérien même, il s’agit d’être concentré et d’éviter tout faux pas en certains endroits à pics. Ce tronçon nous a carrément été interdit de nuit et nous sommes donc tout heureux de le franchir en cette matinée ensoleillée. Nous allons ainsi redescendre de près de 1’000m. pour aller nous sustenter.
Le petit restaurant local est déjà bien bondé entre les coureurs et les rares randonneurs mais nous parvenons à trouver une table pour savourer nos désormais traditionnelles bières et un bon plat de pâtes suivi d’une bonne glace. La pause est bienvenue et la bonne humeur règne en maître entre les équipes. Déjà un bon bout de fait (150km) se plaît-on à se répéter, sans doute pour s’encourager mutuellement ? Le plein de forces et de liquidités étant fait, nous reprenons notre pèlerinage en traversant la Dranse de Ferret pour rejoindre à nouveau le tracé UTMB sur quelques kilomètres.
Le sentier est agréable mais cela ne vas pas durer et après une pause biologique bienvenue, nous entamons la dernière grosse difficulté du jour avec la montée en direction de la Cabane d´Orny. Sympathique montée affichant tout de même environ 1’640m de dénivelée en plein soleil à ajouter dans nos organismes tout de même bien entamés. La cabane d’Orny se situe à 2.651 m d’altitude mais nous n’aurons hélas pas le loisir d’y passer pour un bref arrêt.
Nous profitons du jour pour progresser rapidement en direction de La Breya sur un sentier panoramique en balcon très agréable et pas trop technique avant d’attaquer la descente sur les pistes de ski du domaine de Champex (1.444 m) pour atteindre l’Auberge du Bon Abri sur le coup des 19h00. Nous sommes bien dans les temps et largement en avance sur la barrière horaire. Nous allons pouvoir nous restaurer gracieusement et nous reposer dignement pour mieux repartir dès 3h du matin en direction du Val d’Arpette et du Col de la Fenêtre d’Arpette (2.665 m), qui représente tout de même un sacré morceau, de plus à jeun ou presque immédiatement au saut du lit. Nous avons récupéré un coureur dont l’équipe s’est désintégrée au fil de la course. Il souhaite tout de même poursuivre l’aventure et demande s’il peut se joindre à nous. Ce que nous acceptons immédiatement avec plaisir. Bienvenue Laurent, nouveau compagnon de route.
Nous repartons donc à quatre de Champex avec les yeux encore un brin collés et notre corps se demandant pour quelle raison il devait subir ce traitement de choc à répétition. L’allure est un brin trop rapide pour moi et je peine à suivre mes petits Léons. Le petit déjeuner avalé à la hâte n’est sans doute pas encore tout à fait assimilé. Sur mon injonction, mes camarades acceptent enfin de ralentir un peu, ce qui me permet de rassembler tous mes esprits et de reprendre rapidement du poil de la bête. Une fois encore, le fait de connaître parfaitement la configuration des lieux nous permet de progresser rapidement et nous arrivons au lever du jour à la fameuse et unique Fenêtre d’Arpette. Photo de l’équipe, coup d’oeil sur le glacier du Trient puis nous entamons la descente, technique au début, en direction du Chalet des Glaciers. Pat, James et Laurent ont effectué cette longue et pénible descente comme des chamois en fuite. Ils vont devoir patienter quelques minutes jusqu’à mon arrivée en douceur. Heureusement ils ne m’en tiendront pas rigueur. De là, nous bifurquons pour le Col des Grands et faisons une petite halte au Refuge éponyme pour y boire un petit café. Il est 7h du matin et nous repartons en direction du Col de Balme puis de la longue descente en direction de Vallorcine. Tout est déjà monté pour la CCC et l’UTMB mais bien entendu nada pour nous autres. Pas grave, nous prenons d’assaut le buffet de la Gare et avalons une énorme assiette et un dessert copieux. Il est midi lorsque nous reprenons notre ballade en direction des Chalets de la Loriaz. Nous croisons les Célestinettes une fois encore avec leur bonne humeur habituelle. Elles font une petite sieste à l’ombre des sapins. James a à nouveau pris la poudre d’escampette selon leurs dires. Pat et mézigue ne nous laissons pas démonter pour autant, confiants en nos capacités à le rattraper bientôt. James est victime d’un « coup de mou », il accélère donc. Allez comprendre ! Parvenus aux Chalets de la Loriaz, nous ingurgitons en vitesse une bière bien fraîche et poursuivons en direction du Barrage d’Emosson. Ça va bien et nous dépassons quelques équipes chancelantes. Il fait très chaud.
La motivation est intacte, la forme est bonne malgré la distance restant à parcourir jusqu’au Refuge du Moëde d’Anterne ou nous passerons la dernière nuit avant de redescendre sur Chamonix. Bref, planning en ordre et conforme aux attentes jusqu’ici. Nous atteignons le barrage et poursuivons en direction de la Cabane du Vieux Emosson (2.173 m). La montée est rapide et nous nous permettons donc une brève halte à la cabane pour nous sustenter avec de succulentes tartes aux myrtilles faites maison. Un café, une bière (encore) et nous nous remettons en chemin le long du lac dans un décor magnifique. La température fraîchit et nous accélérons la cadence en vue d’arriver au sommet du Buet (point culminant de l’épreuve à 3‘100m) avant la nuit. Après avoir longé le lac du Vieil Emosson, nous abordons la montée sur le Cheval Blanc (2.816 m). Quelques câbles et chaines nous permettent de franchir ce dernier assez rapidement en compagnie d’un trio italien fort sympathique. Arrivés au sommet, le spectacle est grandiose et le terrain semble parsemé de paillettes d’or. Nous sommes sur le Col du Génévrier. Rien de très aérien ni vertigineux pour l’instant. J’ai bien dit pour l’instant. Ça ne pouvait pas être si simple ni durer encore ad aeternam. La journée s’écoule rapidement à présent et le tronçon à venir sur l’arête pour atteindre le sommet du Buet n’augure rien de bon pour mes compagnons de cordée. Oui cordée, car ce sont maintenant des câbles et chaines qui slaloment entre les rochers. De part et d’autre le vide est bien présent ( !). Va falloir rassembler tous ses esprits car la journée fut longue et pénible et la fatigue se fait ressentir. Il est 19h30. Le soleil devrait aller se reposer vers 20h00. Nous avons donc assez de temps pour franchir cet obstacle naturel. J’ouvre la via ferrata en m’agrippant aux chaines et câbles et en m’efforçant de rester plaqué contre la paroi. Non que je sois tétanisé par la peur mais tout simplement pour en terminer au plus vite. Les bâtons que je tiens en main me gênent mais je fais avec. James, Laurent et Pat me suivent, non loin. Je parviens au sommet de cette arête et profite de la vue sur le massif du Mt.-Blanc qui s’offre à mes yeux émerveillés. Mes 3 mousquetaires me rejoignent et nous nous félicitons de cette perf‘ à grands cris de joie et de soulagement non dissimulés. Pat et James en tremblent encore et un petit remontant partagé avec nos compères transalpins s’avère de circonstance. 2 randonneurs postés sur le sommet en terminent avec leur fondue au fromage. Mince ! A quelques minutes près nous aurions pu en déguster une partie. Il est presque 20h et la pénombre s’installe rapidement. Il va falloir se remettre en route en direction du Vallon de Bérard, du Col de Salenton, des Willy d’Anterne en vue d’atteindre notre ultime refuge en soirée. La lune est presque pleine et les cimes enneigées offrent un spectacle unique pendant de longues minutes encore.
Il s’agit à présent d’une très longue descente piégeuse car le sentier est peu marqué dans cet éboulis. Ce qui devait arriver arriva donc et nous perdons la trace menant au Col du Salenton. Nous percevons au loin des frontales mais nulle trace d’un sentier quelconque. A force de tergiverser, nous décidons donc d’attaquer la descente frontalement, droit dans le pentu. C’est assez sportif et le fait de skier littéralement dans les ardoises et le schiste a le don de nous dégourdir les jambes. Après quelques longues minutes et quelques jurons bien sentis, nous atteignons enfin le Col du Salenton. Il fait nettement plus frais et nous progressons doucement en direction des Chalets de Willy. La fatigue est à présent dans tous les organismes et nous avons hâte d’en finir avec cette énorme étape. Nous marchons dans une prairie interminable et ayant perdu un brin de lucidité, nous avons de la peine à estimer la distance nous séparant encore de ce fameux point de chute. Il est minuit, nous sommes partis vers 3h du matin de Champex et n’arrivons qu’à présent au refuge d’Anterne, tous épuisés. Sacrée journée ! Certes nous nous sommes octroyés de belles haltes mais ce fut très long, surtout sur la fin que nous avions sans doute sous-estimée. L’accueil est toujours aussi sympathique et la soupe aux légumes accompagnée de pâtes nous fait le plus grand bien avant d’aller nous allonger pour une dernière nuit en refuge. Réveil fixé à 6h du matin. C’est Byzance ! Bon petit déjeuner et c’est reparti les Kikis. Nous sommes remontés comme des coucous avec la certitude du devoir accompli et du travail bien fait en quelque sorte. L’apéro du dimanche est prévu sur le coup des 11h sur la ligne d’arrivée et rien ne saurait plus nous arrêter ! Au revoir Col d´Anterne (1.997m) et Pont d’Arlevé (1.558 m). De là, nous remontons une dernière fois de 750m. en direction du Brévent (2.366 m). Pause photo au Brévent en compagnie de nos Célestinettes et descente à fond de train en direction de Chamonix que nous pouvons déjà deviner. Le soleil est au zénith et les sensations optimales. Nous ralentissons la cadence car il reste encore 1‘300m de descente exigeante avant de toucher au but.
Laurent souffre dans la descente et nous indique qu’il va terminer à son rythme. Nous prenons donc momentanément congé de lui. Nous nous retrouverons sur la ligne d’arrivée, tout sourire.
Nous entrons à présent dans Chamonix. Grand moment de bonheur lorsqu’on voit tout ce monde nous acclamant. On l’a refait !! Encore quelques mètres à planer et l’arrivée, le soulagement, cette joie indescriptible et le souvenir immédiat de tous ces moments partagés entre rires, doutes, sans oublier cette camaraderie de chaque instant. Oubliée la pluie de la 1ère nuit, il n’y a plus de fatigue, plus rien, juste une sensation de bien-être, de plénitude, de zenitude. Nos visages burinés, mal rasés et nos regards en disent long sur cette épreuve hors normes mais on peut surtout déceler une certaine fierté et une complicité sans failles dans cette belle et chaleureuse aventure humaine. Que du bonheur et même plus encore, même avec ces larmes de joie et de soulagement que je ne pourrais et voudrais jamais empêcher de ruisseler sur mes joues rougies par l’effort. Merci tout particulier à mes acolytes de toujours Pat et James pour tous ces moments de bonheur, pour leur solidarité lorsque j’étais dans le dur. Quelle belle équipe ! Le corps humain est bien fait et je suis reconnaissant envers ma mère de m’avoir donné la possibilité et la volonté de vivre pareils moments qui resteront à jamais gravé dans mon esprit.
Voilà, place maintenant aux festivité d’après-course. Quelques bières amplement méritées, une rétrospective sur le chaud de la course et des diverses émotions vécues par chacun. On se retrouve dans ces moments, les couplets varient mais le constat est le même pour tous : génial ! On remet le couvert en 2010 ? pourquoi pas…bande fous !
Bilan:
La PTL 2009 nous annonçait fièrement une distance bien plus longue que les 220 km de 2008. Le programme concocté par l’organisation nous prédisait 245 km et +/- 21‘000 m. Pari réussi avec quelques difficultés en sus. Pour finir, on en est arrivé à « seulement » 240 km et +/- 17’500m. Cela reste toujours imposant vous en conviendrez, surtout si on tient compte des conditions météorologiques et de la technicité du terrain rencontrés par endroits. On peut donc aisément le dire, cette édition fut nettement plus laborieuse et a donné à chacun la possibilité d’explorer une nouvelle dimension intérieure, d’effectuer une introspection personnelle et de connaître ses propres limites (en a-t-on vraiment ?). Ce fut mon cas et pour rien au monde je n’aurais voulu y renoncer. J’en ressors grandi. A vivre absolument…
Nous y voilà! Enfin la „PTL - La petite trotte à Léon“: On en a tant rêvé, on
l’a préparée depuis 1 an et à présent…le départ et…l’arrivée! La Petite Trotte à Léon…en voilà un nom pour une épreuve de trail en montagne, non? Derrière cette charmante appellation se cache ni
plus ni moins et en toute timidité, le 3ème nouveau parcours qui se déroule dans le cadre du désormais célèbrissime Ultra Trail Tour du Mont-Blanc à Chamonix (F). Venant se greffer au classique
UTMB (166 km, 9.500m) et à la „petite“ CCC (98 km, 5.200m), les participants à la „PTL“ seront confrontés au méga-tour autour du fameux capuchon blanc. Il suffit de s’en référer aux modalités
d’inscription, lesquelles annoncent fièrement pas moins de 220 km et autres 17.000m de dénivelée positive et aussi négative à avaler. Il faut souligner le cadre particulier de cette épreuve qui
ne propose aucun classement dans le sens le plus classique du terme mais plutôt un défi à relever au niveau endurance propre et esprit de camaraderie et solidarité, Endurance, sens de
l‘orientation. L’objectif étant de rallier la ligne d’arrivée dans un temps limite fixé à 104h30,chaque arrivant peut, à juste titre se considérer comme un vainqueur. 26 cols ou autres sommets,
la plupart sis à plus de 2.500 m, doivent être franchis par de là sentiers alpins, en partie non tracés. Le parcours va de Chamonix (F) via quelques contours en direction de Courmayeur (I), tout
en poursuivant en direction du Grand-St-Bernard (CH) et Champex (CH), pour terminer sa boucle à Chamonix. Ne prennent le départ de cette course dite „Ultra“ que des équipes composées de 3
coureurs dont 2 coureurs peuvent prouver être des « finishers » de l’UTMB. Comme pour la patrouille des glaciers (PDG), le principe veut que les 3 coureurs composant le team demeure ensemble tout
au long de l’épreuve et atteigne l’arrivée au complet. Cette course se déroule en autonomie complète. Cela signifie: L’organisation met à disposition un „Roadbook“, composé de cartes avec relevés
topographiques ainsi que des données GPS du parcours. Les entiers empruntés ne sont pas balisés, il n’y a aucun ravitaillement, pas d’assistance médicale. Aucun soutien logistique ou de quelque
autre manière n’est toléré sur le parcours. 13 « refuges partenaires“, sont disponibles sur l’ensemble du tracé, lesquels offrent des possibilités de nuitée et de ravitaillement aux participants.
Toutes les prestations demandées sont aux frais des coureurs. L’organisateur recommande toute une panoplie d’équipement obligatoire à emporter à titre de sécurité. Des habits chauds en cas de
mauvais temps en haute montagne mais aussi de quoi se changer, une trousse médicale complète pour prodiguer les premiers soins en cas de blessure, une tente pouvant accueillir 3 coureurs, 2
téléphones cellulaires GSM, une lampe frontale et des piles de rechange, une couverture de survie, un appareil de photo numérique et bien entendu, de la nourriture en suffisance (gels, barres
céréales etc.) ainsi que 1,50 à 2 l d‘eau. Le sac à dos atteint rapidement le sympathique poids de 8 à 10 kg. Des effets de rechange peuvent être déposés. Ils seront transportés par
l’organisation à la mi-parcours, à l’Hospice du Grand-St-Bernard (km 114). La veille d’avant-course, un briefing a lieu à l’occasion de la remise des dossards, du roadbook (cartes mises à
disposition des équipes) et des balises GPS que nous devrons transporter afin que le bureau de course mais aussi nos proches puissent nous suivre quasiment sur l’ensemble du parcours (sauf dans
les zones dites « d’ombre », aucun réseau n’étant disponible). Michel Poletti (GO) et son équipe ayant, à l’instar de beaucoup d’entre nous, effectué le parcours en reconnaissance, nous fournit
de précieux renseignements et autres astuces et conseils afin que cette ballade se déroule de la meilleure des façons. Chacun peut poser des questions et obtenir les renseignements désirés.
Excellent travail ! Tout est prêt, la météo est de surcroît excellente pour toute la semaine chamoniarde et chacun est décidé à en découdre avec cette nature impitoyable mais tellement belle et
enchanteresse. Nous sommes conscients de la chance qui nous est donnée de pouvoir admirer un des plus beaux massifs du monde sous toutes les coutures et par des sentiers quasiment rarement
visités. Derniers réglages et préparation des sacs avant une dernière nuit de repos en équipe déjà dans l’exiguité mais sympathique ambiance du camping-car de notre GO, Pat l’Escalator !
Mont-Blanc versant sud et Glacier Combal
Col des Fours
Eboulis au col de l'Arpalle en direction du col du Névé de la Rousse
La Flégère, on y est presque!!